Ma grand-mère m'a envoyé une carte avec de l'argent pour que je m'achète un billet de loterie. Je suis véhément contre les billets de loterie. Je vais peut-être contrevenir à mes principes. Je me cacherai afin que ne me voit pas procéder à l'achat! Dans mon adolescence rebelle, alors que je refusais de mettre les pieds dans une église (j'y suis allée à chaque semaine pendant très très longtemps), ma grand-mère m'avait donné de l'argent pour que je lui allume un lampion. J'avais passée outre mes principes et je l'avais fait en m'ouvrant même à la possible transcendance de l'expérience. Je suis une athée avec un fort potentiel religieux! Je devais seulement me chercher un prétexte pour retourner à l'église sans déroger à mes idées. Pour la loterie, je ne me cherche pas une occasion. Je n'ai que haine et dégoût pour la chose, je vous le jure!
Tu rencontres tes terribles démolisseurs et liquidateurs au Graben, et tu te laisses aller un instant à la sentimentalité, et tu te laisses inviter Grentzgasse, et en plus, tu y vas, pensai-je dans le fauteuil à oreilles. (p. 20)
Des Arbres à abattre est sans aucun doute un des romans les plus importants. J'y pense souvent lorsque je suis sur le point de défaillir. J'ai surestimé récemment ma connaissance des chutes. La journée fut longue et j'ai cherché la manière de bien tomber. Je ne suis jamais tombée, je pense, mais ça ne saura tarder. Ça m'arrivera un jour ou l'autre. Dans pas long. C'est nécessaire, je le sais. Je ne voulais pas partager de longs épanchements de mon coeur. Il serait bien plus intéressant de parler Des Arbres à abattre. Je suis trop fatiguée. Demain peut-être.
Des Arbres à abattre est sans aucun doute un des romans les plus importants. J'y pense souvent lorsque je suis sur le point de défaillir. J'ai surestimé récemment ma connaissance des chutes. La journée fut longue et j'ai cherché la manière de bien tomber. Je ne suis jamais tombée, je pense, mais ça ne saura tarder. Ça m'arrivera un jour ou l'autre. Dans pas long. C'est nécessaire, je le sais. Je ne voulais pas partager de longs épanchements de mon coeur. Il serait bien plus intéressant de parler Des Arbres à abattre. Je suis trop fatiguée. Demain peut-être.
En sortant faire des courses à la boulangerie ce matin, je me suis aperçue que la jeunesse rebelle de HoMa avait bien oeuvré cette nuit. La place Valois possède maintenant un énorme graffiti : « Pas de bourgeois dans mon quartier ». J'ai fait exprès de marcher sur les lettres fluo et spécialement sur le bourgeois. Le même graffiteur avait laissé d'autres belles pensées : « École = prison », « Fuck the Police », « The Zen is Dead » et « Le capitalisme [j'oublie le reste, mais vous avez compris le principe] ». Ça faisait drôle de sentir une présence à travers ces phrases qui soutenaient ma marche jusqu'à la boulangerie.
***
Ma tendre et douce amoureuse, qui ne savait pas encore que je venais de vivre ce parcours de graffitis, m'a dit en serrant passionnément ma taille : « Ma fausse rebelle ». J'adore tous ses noms. Je ne l'aimerais pas tant si elle n'ajoutait pas l'adjectif en question, si elle était dupe. Je ne fais pas de sarcasmes du tout. Julie est impitoyable. Ce qui est très bien. Si elle ne l'était pas envers moi, je la mépriserais.
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Ma tendre et douce amoureuse, qui ne savait pas encore que je venais de vivre ce parcours de graffitis, m'a dit en serrant passionnément ma taille : « Ma fausse rebelle ». J'adore tous ses noms. Je ne l'aimerais pas tant si elle n'ajoutait pas l'adjectif en question, si elle était dupe. Je ne fais pas de sarcasmes du tout. Julie est impitoyable. Ce qui est très bien. Si elle ne l'était pas envers moi, je la mépriserais.
- Musique actuelle:The Clash - Should I Stay or Should I Go
Elle m'a dit que j'utilisais des mots durs pour décrire ma personne. À son avis, c'était parce que je voulais lui dire que la chose était importante à mes yeux, que je ne voulais pas la duper sur ce que j'étais et que je ne voulais pas me duper. J'utilise des mots durs tout le temps et je considère que tout est important. Il ne faudrait pas y voir un signe extraordinaire. Je n'en reviens pas, au lieu de lire mon cher Jean, suis-je vraiment en train d'écrire à propos de ça? Je pourrais donc devenir une quétaine avant d'avoir trente ans. Dieu! Je raconte ma vie sur Internet depuis tellement longtemps. Tous les éléments les plus intimes de ma petite existence y sont passés de manière allusive ou de façon plus littérale. Je ne jouerai pas la pudique aujourd'hui. Après tout vous pouvez bien penser que j'ai des interlocuteurs imaginaires, que la femme dont je parle n'existe pas. Je ne raconte que la vérité, mais vous ne pouvez pas en être certains et j'ai, en effet, des tonnes d'interlocuteurs imaginaires. Souvent ce sont des personnes réelles à qui je ne parle pas, ou pas assez, ça dépend. Je préfère que vous croyez que j'invente des conversations que de passer pour une quétaine. Elle avait sans doute un peu raison. Je n'aime pas l'expression les « mots durs ». Durs, je ne sais pas, ce n'est pas le mot juste. Il y a aussi toute une question d'effet esthétique qu'elle écarte. Mes mots étaient un peu tranchés, mais mon esprit est subtil. Il ne faut pas se laisser avoir.
Elle faisait sans doute un lien avec l'idée de l'intimidation. Elle a dit le mot une fois. Je crois que c'était en relation avec tout ce qu'elle m'a dit par la suite. Je vais mettre une chemise blanche la prochaine fois. J'ai peur qu'elle ajoute les vêtements noirs dans le lot des procédés d'intimation. Il faut que j'arrête d'analyser tout ce qu'elle pense. J'en suis incapable. Ça m'obsède. Elle est peut-être une autre de mes interlocutrices imaginaires finalement. Les personnes timides sont-elles vouées à devenir intimidantes pour survivre? Je ne peux pas m'imaginer intimidante de toute manière. C'est comme imaginer ma mort, ça dépasse mes capacités de représentation. J'évolue dans un milieu violent dont l'intimidation est une des manières les plus prisées pour s'imposer, puisqu'il faut s'imposer. J'ai peut-être développé ça moi aussi. Je suis dans une quête pour devenir un meilleur humain. Il y a loin de la coupe aux lèvres! À mon avis, je ne suis pas trop dure, je suis trop fragile. Je deviens facilement émotive et je suis incapable de le cacher. Je n'y arrive pas après des années d'effort. J'ai décidé de laisser faire. Je serai émotive toute ma vie. Ma sensibilité est tellement exacerbée. C'est impossible à manquer. En voulez-vous des émotions, j'en ai. Je les donne. Je ne suis pas vraiment perturbée par ceux qui pourrait me croire faible.
Et puis, c'est quoi des « mots durs » ? J'emploie les mots précis, des mots denses. Peut-être que la densité du sens dans un mot peut être perçue comme une dureté? Sans doute. Il faut épargner tout le monde. Le monde est peureux en général. Les gens ne veulent pas que les mots disent quelque chose. Ce sont ces gens-là qui oseront prétendre que le langage n'est pas adéquat. Je crois très fort au langage. J'ai foi dans le langage. Et puis, je suis crissement tannée d'épargner tout le monde. Un peu de nerfs, allez! Je rêve de grands affrontements et je suis sans adversaire. Ça ne veut pas dire que je désire de la violence. Bien au contraire, je cherche à m'en débarrasser, de la mienne d'abord. Je suis une personne violente. La chose est lancée. Personne ne le sait réellement. Pour être un meilleur humain, il faut se départir de toute violence surtout de celle du système, que j'ai trop fréquenté et que je fréquenterai encore. Je serai capable d'apprendre. Je peux endurer tellement de violence. Il faut seulement que je sache comment m'en départir après, tout en demeurant une bonne personne. J'ai beaucoup d'estime pour l'être humain. Je le prouverai par le respect, si j'y arrive.
Elle faisait sans doute un lien avec l'idée de l'intimidation. Elle a dit le mot une fois. Je crois que c'était en relation avec tout ce qu'elle m'a dit par la suite. Je vais mettre une chemise blanche la prochaine fois. J'ai peur qu'elle ajoute les vêtements noirs dans le lot des procédés d'intimation. Il faut que j'arrête d'analyser tout ce qu'elle pense. J'en suis incapable. Ça m'obsède. Elle est peut-être une autre de mes interlocutrices imaginaires finalement. Les personnes timides sont-elles vouées à devenir intimidantes pour survivre? Je ne peux pas m'imaginer intimidante de toute manière. C'est comme imaginer ma mort, ça dépasse mes capacités de représentation. J'évolue dans un milieu violent dont l'intimidation est une des manières les plus prisées pour s'imposer, puisqu'il faut s'imposer. J'ai peut-être développé ça moi aussi. Je suis dans une quête pour devenir un meilleur humain. Il y a loin de la coupe aux lèvres! À mon avis, je ne suis pas trop dure, je suis trop fragile. Je deviens facilement émotive et je suis incapable de le cacher. Je n'y arrive pas après des années d'effort. J'ai décidé de laisser faire. Je serai émotive toute ma vie. Ma sensibilité est tellement exacerbée. C'est impossible à manquer. En voulez-vous des émotions, j'en ai. Je les donne. Je ne suis pas vraiment perturbée par ceux qui pourrait me croire faible.
Et puis, c'est quoi des « mots durs » ? J'emploie les mots précis, des mots denses. Peut-être que la densité du sens dans un mot peut être perçue comme une dureté? Sans doute. Il faut épargner tout le monde. Le monde est peureux en général. Les gens ne veulent pas que les mots disent quelque chose. Ce sont ces gens-là qui oseront prétendre que le langage n'est pas adéquat. Je crois très fort au langage. J'ai foi dans le langage. Et puis, je suis crissement tannée d'épargner tout le monde. Un peu de nerfs, allez! Je rêve de grands affrontements et je suis sans adversaire. Ça ne veut pas dire que je désire de la violence. Bien au contraire, je cherche à m'en débarrasser, de la mienne d'abord. Je suis une personne violente. La chose est lancée. Personne ne le sait réellement. Pour être un meilleur humain, il faut se départir de toute violence surtout de celle du système, que j'ai trop fréquenté et que je fréquenterai encore. Je serai capable d'apprendre. Je peux endurer tellement de violence. Il faut seulement que je sache comment m'en départir après, tout en demeurant une bonne personne. J'ai beaucoup d'estime pour l'être humain. Je le prouverai par le respect, si j'y arrive.
Lorsque Julie est sortie travailler ce matin, je lui ai dit : « Je passe la journée avec Jean ». Je parlais de Jean Genet bien sûr. Je l'ai laissé tomber. Je n'ai pas lu une seule ligne depuis mon réveil. Je n'ai pas arrêté de travailler pourtant. Je vois bien que ça sera difficile de me consacrer à ma thèse à temps complet. À la maison, je me lance dans de grandes passions de femme au foyer. Entre le ménage, je travaille sur d'autres projets - oui, j'ai d'autres projets - où je devais régler des trucs importants avant de pouvoir lire. Il faudrait que je commence à compter mes heures et à me faire des horaires. Dieu, quelle vie! Je devrai presque prendre rendez-vous avec Jean pour arriver à terminer Pompes funèbres. Ce n'est pas tellement romantique comme relation à la littérature. Oh que non!
L'autre jour, dans un contexte que je ne décrirai pas, une femme m'a demandé si j'avais du temps pour des loisirs. Il faudrait voir ce qu'on entend par « loisir »... Dans la société hyperfestive, on s'inquiète lorsqu'un citoyen ne semble pas assez prendre part à la fête générale. Je m'amuse tout le temps, si c'est ce que la question cherchait à savoir. Je suis une enthousiaste et j'aime profondément ce que je fais. Je m'amuse sans doute plus que les gens qui ont des « loisirs ». Je n'étais pas dans un contexte où je pouvais expliquer mes théories sur les loisirs. J'ai joué le jeu. J'ai répondu en riant que j'avais plein de « loisirs », que j'étais excessive dans tout. Ça l'a rassurée. Elle a pensé que j'étais, pendant quelques instants, une trouble-fête et j'ai réintégré les rangs des festifs. Ouf!
L'autre jour, dans un contexte que je ne décrirai pas, une femme m'a demandé si j'avais du temps pour des loisirs. Il faudrait voir ce qu'on entend par « loisir »... Dans la société hyperfestive, on s'inquiète lorsqu'un citoyen ne semble pas assez prendre part à la fête générale. Je m'amuse tout le temps, si c'est ce que la question cherchait à savoir. Je suis une enthousiaste et j'aime profondément ce que je fais. Je m'amuse sans doute plus que les gens qui ont des « loisirs ». Je n'étais pas dans un contexte où je pouvais expliquer mes théories sur les loisirs. J'ai joué le jeu. J'ai répondu en riant que j'avais plein de « loisirs », que j'étais excessive dans tout. Ça l'a rassurée. Elle a pensé que j'étais, pendant quelques instants, une trouble-fête et j'ai réintégré les rangs des festifs. Ouf!
« Ëtes-vous sûr qu'on ne puisse plus le ressusciter ? »
La folie de cette question ne m'apparaît même pas aujourd'hui, car ce n'est pas la raison qui la pose, mais mon amour. N'ayant pas de savant sous la main, c'est moi-même que j'interrogeai. J'attendis la réponse en frémissant d'espoir. L'espoir, en effet, faisait frémir tout, autour de moi et en moi. J'attendais une merveilleuse invention que l'espoir seul pouvait trouver.
Ce frémissement, c'était le battement d'ailes précurseur d'un vol. Je sais qu'une résurrection n'est pas possible et ne l'était pas alors, mais je ne puis admettre qu'en ma faveur l'ordre du monde ne soit troublé. J'eus un instant l'idée de payer un homme, un fossoyeur, pour déterrer ce qui restait de cet enfant, afin de tenir dans mes mains un os, une dent, afin que je sache encore qu'une telle merveille que Jean avait été possible. Mon pauvre Jean-sous-terre. J'eusse même permis qu'il revînt parmi nous sous n'importe quelle forme : celle de deux morceaux de bois noirs zébrés de céruse plaqués l'un contre l'autre comme une guitare fantastique et muette, reposant dans un lit d'herbes sèches, au fond d'un édicule en planches, loin du monde, et d'où il ne sortirait pas, fût-ce pour prendre l'air, même la nuit, même le jour. Quelle serait sa vie sous cette forme de guitare grossière sans corde ni médiator, parlant difficilement par une fente de la planche, se plaignant de sa condition? Cela m'est égal. Il vivrait et serait présent. Il serait au monde et je lui mettrais du linge blanc tous les jours. Or, mon chagrin, qui me faisait délirer, invente cette floraison dont la vue m'est une joie. Plus Jean se transforme en engrais, plus les fleurs qui poussent sur sa tombe m'embaumeront. Le goût de la singularité, l'attrait de l'interdit, concoururent à me livrer au mal. Comme le bien, le mal se gagne peu à peu par une découverte géniale qui vous fait glisser verticalement loin des hommes, mais le plus souvent par un travail quotidien minutieux, lent, décevant.
Jean Genet, Pompes funèbres, p. 80-81
***
J'aime si tendrement Jean Genet. Vous n'avez pas idée! Je ne l'ai presque pas lu pourtant... J'ai honte. Je vais m'y mettre puisque je songe à travailler sur Pompes funèbres. J'adore la présence importante de l'amour et de la douleur qui se mêle à la vulgarité et à la sentimentalité. Tout y est tendre et amoureux au sein d'un monde froid et brutal. Dans Pompes funèbres, tout est si beau, si sensible, et tout le monde s'y fait enculer, au sens littéral, bien sûr. J'écris des banalités, je sais. J'espère que j'arriverai à écrire des trucs plus intéressants dans quelques semaines. Pour l'instant, je voulais copier un long passage.
La folie de cette question ne m'apparaît même pas aujourd'hui, car ce n'est pas la raison qui la pose, mais mon amour. N'ayant pas de savant sous la main, c'est moi-même que j'interrogeai. J'attendis la réponse en frémissant d'espoir. L'espoir, en effet, faisait frémir tout, autour de moi et en moi. J'attendais une merveilleuse invention que l'espoir seul pouvait trouver.
Ce frémissement, c'était le battement d'ailes précurseur d'un vol. Je sais qu'une résurrection n'est pas possible et ne l'était pas alors, mais je ne puis admettre qu'en ma faveur l'ordre du monde ne soit troublé. J'eus un instant l'idée de payer un homme, un fossoyeur, pour déterrer ce qui restait de cet enfant, afin de tenir dans mes mains un os, une dent, afin que je sache encore qu'une telle merveille que Jean avait été possible. Mon pauvre Jean-sous-terre. J'eusse même permis qu'il revînt parmi nous sous n'importe quelle forme : celle de deux morceaux de bois noirs zébrés de céruse plaqués l'un contre l'autre comme une guitare fantastique et muette, reposant dans un lit d'herbes sèches, au fond d'un édicule en planches, loin du monde, et d'où il ne sortirait pas, fût-ce pour prendre l'air, même la nuit, même le jour. Quelle serait sa vie sous cette forme de guitare grossière sans corde ni médiator, parlant difficilement par une fente de la planche, se plaignant de sa condition? Cela m'est égal. Il vivrait et serait présent. Il serait au monde et je lui mettrais du linge blanc tous les jours. Or, mon chagrin, qui me faisait délirer, invente cette floraison dont la vue m'est une joie. Plus Jean se transforme en engrais, plus les fleurs qui poussent sur sa tombe m'embaumeront. Le goût de la singularité, l'attrait de l'interdit, concoururent à me livrer au mal. Comme le bien, le mal se gagne peu à peu par une découverte géniale qui vous fait glisser verticalement loin des hommes, mais le plus souvent par un travail quotidien minutieux, lent, décevant.
Jean Genet, Pompes funèbres, p. 80-81
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J'aime si tendrement Jean Genet. Vous n'avez pas idée! Je ne l'ai presque pas lu pourtant... J'ai honte. Je vais m'y mettre puisque je songe à travailler sur Pompes funèbres. J'adore la présence importante de l'amour et de la douleur qui se mêle à la vulgarité et à la sentimentalité. Tout y est tendre et amoureux au sein d'un monde froid et brutal. Dans Pompes funèbres, tout est si beau, si sensible, et tout le monde s'y fait enculer, au sens littéral, bien sûr. J'écris des banalités, je sais. J'espère que j'arriverai à écrire des trucs plus intéressants dans quelques semaines. Pour l'instant, je voulais copier un long passage.
Julie me disait hier que je n'avais pas écrit depuis des jours! Oh, voilà ce que ça donne un calendrier qui déborde de rendez-vous et de 5 à 7. Je ne vous laisserai plus de la sorte. Quelle honte!
***
Je suis en direct de Sherbrooke. Mon frère a installé internet sans fil. Je peux profiter de la douceur de mon macbook dans la maison familiale, sur le divan confortable de la maison familiale pour être plus précise. Quel bonheur!
***
Hier soir, samedi donc, je suis sortie comme un jeune de Sherby doit le faire. Je suis à Montréal depuis si longtemps que j'ai tout oublié de la vie en région. Ma mère m'avait prêté sa voiture rouge sport. J'étais une jeune femme cool au volant d'un char cool. Je n'ai pas les fils pour brancher mon ipod dans une auto puisque je ne conduis jamais. J'avais emprunté un cd - vieille technologie que je ne fréquente plus - à mon frère. Il n'était pas là, mais j'en ai volé un dans sa chambre. Je me promenais dans les montées et les descentes légendaires de l'Estrie sur la musique de Cradle of Filth. Mon frère est un vrai de vrai métalleux. Il a les cheveux long et il n'écoute que du métal. Je suis, pour ma part, vierge de métal. Ce n'est pas, a priori, mon truc, sauf Dethklok. Je suis entièrement fidèle à mes héros de Dethklok. Vous pouvez maintenant imaginer la scène. J'empruntai ainsi les montagnes de Sherbrooke dans une voiture rouge sur des airs théâtraux et sombres.
Je ne comprends pas la vie de jeune cool à Sherbrooke. Si nous sortons tous avec notre char, personne ne peut vraiment boire. Pour une rare fois dans mon existence, je surveillais ma consommation. Je ne crois pas avoir conduit en état d'ébriété. En fait, j'en suis certaine. Je suis prudente et responsable, bien sûr! Je réalisais seulement que ça ne devait pas être évident d'évaluer et puis c'est assez chiant! Vive la vie montréalaise. Je suis faite pour les grandes villes. Je n'ai jamais oublié pourquoi j'étais partie. Je me suis rappelée cependant que je trouvais la conduite tellement érotique. Ça doit être un effet produit par la rareté. Je raffole de toutes les scènes en auto. Je ne vous dit pas de quelle nature sont ces scènes. J'étais chickless. Fort ennuyeux! Ça perd tout intérêt. La prochaine fois, Julie sera là et nous partagerons l'incroyable férocité des sens qui se tendent de façon inconsidérée en voiture.
***
Je vais manger du homard tantôt! Les fruits de mer sont toujours à l'honneur dans la maison familiale. Dans le bon vieux temps, mes parents achetaient ça à 10 cents sur le quai, direct aux pêcheurs. Comme le crabe d'ailleurs (Que je prononce à la gaspésienne. Ces mots-là, comme « baleine », « crabe » ou « arêtes», trahissent les origines. Je le précise, ça fait rire le monde de Montréal).
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Je suis en direct de Sherbrooke. Mon frère a installé internet sans fil. Je peux profiter de la douceur de mon macbook dans la maison familiale, sur le divan confortable de la maison familiale pour être plus précise. Quel bonheur!
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Hier soir, samedi donc, je suis sortie comme un jeune de Sherby doit le faire. Je suis à Montréal depuis si longtemps que j'ai tout oublié de la vie en région. Ma mère m'avait prêté sa voiture rouge sport. J'étais une jeune femme cool au volant d'un char cool. Je n'ai pas les fils pour brancher mon ipod dans une auto puisque je ne conduis jamais. J'avais emprunté un cd - vieille technologie que je ne fréquente plus - à mon frère. Il n'était pas là, mais j'en ai volé un dans sa chambre. Je me promenais dans les montées et les descentes légendaires de l'Estrie sur la musique de Cradle of Filth. Mon frère est un vrai de vrai métalleux. Il a les cheveux long et il n'écoute que du métal. Je suis, pour ma part, vierge de métal. Ce n'est pas, a priori, mon truc, sauf Dethklok. Je suis entièrement fidèle à mes héros de Dethklok. Vous pouvez maintenant imaginer la scène. J'empruntai ainsi les montagnes de Sherbrooke dans une voiture rouge sur des airs théâtraux et sombres.
Je ne comprends pas la vie de jeune cool à Sherbrooke. Si nous sortons tous avec notre char, personne ne peut vraiment boire. Pour une rare fois dans mon existence, je surveillais ma consommation. Je ne crois pas avoir conduit en état d'ébriété. En fait, j'en suis certaine. Je suis prudente et responsable, bien sûr! Je réalisais seulement que ça ne devait pas être évident d'évaluer et puis c'est assez chiant! Vive la vie montréalaise. Je suis faite pour les grandes villes. Je n'ai jamais oublié pourquoi j'étais partie. Je me suis rappelée cependant que je trouvais la conduite tellement érotique. Ça doit être un effet produit par la rareté. Je raffole de toutes les scènes en auto. Je ne vous dit pas de quelle nature sont ces scènes. J'étais chickless. Fort ennuyeux! Ça perd tout intérêt. La prochaine fois, Julie sera là et nous partagerons l'incroyable férocité des sens qui se tendent de façon inconsidérée en voiture.
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Je vais manger du homard tantôt! Les fruits de mer sont toujours à l'honneur dans la maison familiale. Dans le bon vieux temps, mes parents achetaient ça à 10 cents sur le quai, direct aux pêcheurs. Comme le crabe d'ailleurs (Que je prononce à la gaspésienne. Ces mots-là, comme « baleine », « crabe » ou « arêtes», trahissent les origines. Je le précise, ça fait rire le monde de Montréal).
Ah les esprits mal tournés! Je me suis écriée ce soir : « J'ai un plan! ». Le regard de ma douce s'est allumée, consentant à mon plan avant même de le connaître. Un plan, c'est toujours riche en promesses. J'ai précisé qu'il s'agissait d'un plan de thèse, sans même réfléchir à mentir afin de profiter de la situation. Je ne pense pas assez vite. La prochaine fois, la prochaine fois, on ne m'y prendra pas à rater une belle occasion.
Si je devais prouver que je suis une femme importante, ce que je ne suis pas (oh non, quand même!), je pourrais faire une capture d'écran de l'agenda que j'essaie de tenir. Je pensais passer la semaine à réfléchir à l'organisation de ma thèse et à lire. Je ne peux pas. J'ai plein de rendez-vous. J'ai l'impression d'être vraiment une jeune professionnelle, ce que je deviens par la force des choses. L'université est tellement dirigée par les lois du marché. On peut dire, à ma grande honte et à ma plus profonde tristesse, que les étudiants, enfin les doctorants, d'aujourd'hui sont des jeunes professionnels. Ils ne sont pas à l'orée de cette réalité, ils ont les pieds dedans bien plongés dans la boue et toutes les immondices. Je suis, sans avoir une profession établie, déjà une bourgeoise et une professionnelle. C'est grave! Même la thèse est pensée selon les lois du marché.... Je ne dis pas que j'ai choisi consciemment un sujet que je n'aime pas dans le simple but d'assurer ma réussite. Ça serait bête. Il reste qu'on sait bien que les lois qui prévalent ne sont pas très intellectuelles, ou sinon si peu... Le jeu est de faire semblant que tout est motivé par de grands raisonnements intellectuels. Bien sûr. J'aime me le rappeler, bien que ça ne soit pas le sujet dont on parle tous les jours. Je me plais dans les choses sombres. Je tiens à me redire à quel point les hommes ne sont plus des hommes, à quel point le monde n'est plus un monde. Ça me fait du bien dans un sens. On s'en sort comme on peut. Moi, c'est dans la noirceur. Pour les autres, c'est peut-être plus lumineux. Je ne sais pas. D'une manière ou d'une autre, c'est tout aussi lâche, anyway. « On s'en sort comme on peut » dit bien qu'on perd forcément quelque chose.
Avant

Après

Après
J'aime et déteste à la fois ce moment après la session. J'arrête d'écrire, je travaille moins et surtout moins bien. Je suis sortie plusieurs fois avec ma chick, une activité fort convoitée et méritée. Et sinon, à la maison, j'ai lu des bds et écouté des Tell Me You Love Me. L'ajout de la télévision dans la routine n'aide certainement pas à se remettre progressivement au travail. Même si Tell Me You Love Me est une série assez intelligente et même si elle est à mi-chemin entre la télé et le cinéma...
Cette série est d'une certaine manière ma série idéale. Ah les mauvais esprits, ce n'est pas seulement en raison des scènes de sexualité explicites et détaillées qui font la réputation de l'émission! On y voit des seins comme toujours, mais aussi de la bite et des couilles. Je tiens à le souligner. Je l'ai souvent écrit, avec le temps, je recherche des récits de plus en plus simples. Je n'ai pas besoin de voyages dans des galaxies très éloignées ou de scénarios grandioses. Voir des gens qui vivent, ça me convient. J'ai un idéal de réalisme à la télévision. Tell Me You Love Me, qui reprend esthétiquement un peu les codes de Dogme95, explore cette voie. De façon bien imparfaite, ça reste de la télé avec un manque d'unité artistique évident. À part l'insupportable Jamie, qui ressemble à la toute aussi insupportable Jenny dans The L Word (Voilà pour la comparaison! Je pourrais vous citer des ressemblances avec le réel, je vais m'en tenir à la télé), tous les personnages sont vraiment intéressants. J'éprouve une affection toute particulière pour le couple de professionnels, Carolyn et Palek. Même s'ils sont le type de héros les plus représentés à la télévision, je les trouve différents et réussis. J'ai vraiment l'impression en les observant de pénétrer dans leur monde. Il se produit aussi le même phénomène avec Katie et David, qui me semble si étrangers et pourtant tout à la fois familiers. Le couple de personnes âgées, Arthur et May, se fait malheureusement trop rare à l'écran. Après avoir vu dans une autre série de HBO, In Treatment, la thérapie idéalisée, Tell Me You Love Me représente des thérapies dysfonctionnelles où les patients refusent de participer à leur thérapie. Sauf l'insupportable Jamie, la drama queen, qui adore jouer dans ses plaies... Ça me fait beaucoup réfléchir après coup, mais en même temps, la capacité d'absorption extraordinaire de la télé fait que je pense moins bien. Il me faut retourner dans les livres.
Je vais continuer de lire Love and Rockets. Si vous connaissez la série de comics, vous doutez sans doute que j'ai décidé de la lire avec tant de passion pour suivre les aventures des deux punkettes lesbiennes, Hopey et Maggie, bien que plutôt inassumées. Je lis la partie « Locas » de Jaime Harnandez qui se déroule dans le milieu punk du début des années 80. Je n'ai pas commencé « Palomar » de Gilbert Harnandez qui semble bien différent. J'adore aussi les histoires de lutteuses. Rena Titañon, la lutteuse élégante, se fait trop rare. Elle assure le rôle de la légende. Son ombre plane sur tous les autres personnages. Vicki Glori la lutteuse, evil et cinglée, est beaucoup plus présente. Vous pensez qu'il n'y pas de liens entre toutes les parties de ce texte. Détrompez-vous. Dans Maggie the Mechanic, le premier tome de Locas, on voit bien que Jaime Harnanez fut tenté par les histoires de super-héros, par la s-f, par des aventures avec des dinosaures. Il s'est arrêté à un style plus simple, toujours un peu dans la parodie des Archie (que je lisais avec tant de désir dans mon jeune temps), et ça lui a réussi. La bande-dessinée indépendante en fut fortement marquée. Des jeunes punks et des lutteuses, ça suffit. Nous n'avons pas besoin de choses plus extraordinaires. Enfin, j'y retourne.
Cette série est d'une certaine manière ma série idéale. Ah les mauvais esprits, ce n'est pas seulement en raison des scènes de sexualité explicites et détaillées qui font la réputation de l'émission! On y voit des seins comme toujours, mais aussi de la bite et des couilles. Je tiens à le souligner. Je l'ai souvent écrit, avec le temps, je recherche des récits de plus en plus simples. Je n'ai pas besoin de voyages dans des galaxies très éloignées ou de scénarios grandioses. Voir des gens qui vivent, ça me convient. J'ai un idéal de réalisme à la télévision. Tell Me You Love Me, qui reprend esthétiquement un peu les codes de Dogme95, explore cette voie. De façon bien imparfaite, ça reste de la télé avec un manque d'unité artistique évident. À part l'insupportable Jamie, qui ressemble à la toute aussi insupportable Jenny dans The L Word (Voilà pour la comparaison! Je pourrais vous citer des ressemblances avec le réel, je vais m'en tenir à la télé), tous les personnages sont vraiment intéressants. J'éprouve une affection toute particulière pour le couple de professionnels, Carolyn et Palek. Même s'ils sont le type de héros les plus représentés à la télévision, je les trouve différents et réussis. J'ai vraiment l'impression en les observant de pénétrer dans leur monde. Il se produit aussi le même phénomène avec Katie et David, qui me semble si étrangers et pourtant tout à la fois familiers. Le couple de personnes âgées, Arthur et May, se fait malheureusement trop rare à l'écran. Après avoir vu dans une autre série de HBO, In Treatment, la thérapie idéalisée, Tell Me You Love Me représente des thérapies dysfonctionnelles où les patients refusent de participer à leur thérapie. Sauf l'insupportable Jamie, la drama queen, qui adore jouer dans ses plaies... Ça me fait beaucoup réfléchir après coup, mais en même temps, la capacité d'absorption extraordinaire de la télé fait que je pense moins bien. Il me faut retourner dans les livres.
Je vais continuer de lire Love and Rockets. Si vous connaissez la série de comics, vous doutez sans doute que j'ai décidé de la lire avec tant de passion pour suivre les aventures des deux punkettes lesbiennes, Hopey et Maggie, bien que plutôt inassumées. Je lis la partie « Locas » de Jaime Harnandez qui se déroule dans le milieu punk du début des années 80. Je n'ai pas commencé « Palomar » de Gilbert Harnandez qui semble bien différent. J'adore aussi les histoires de lutteuses. Rena Titañon, la lutteuse élégante, se fait trop rare. Elle assure le rôle de la légende. Son ombre plane sur tous les autres personnages. Vicki Glori la lutteuse, evil et cinglée, est beaucoup plus présente. Vous pensez qu'il n'y pas de liens entre toutes les parties de ce texte. Détrompez-vous. Dans Maggie the Mechanic, le premier tome de Locas, on voit bien que Jaime Harnanez fut tenté par les histoires de super-héros, par la s-f, par des aventures avec des dinosaures. Il s'est arrêté à un style plus simple, toujours un peu dans la parodie des Archie (que je lisais avec tant de désir dans mon jeune temps), et ça lui a réussi. La bande-dessinée indépendante en fut fortement marquée. Des jeunes punks et des lutteuses, ça suffit. Nous n'avons pas besoin de choses plus extraordinaires. Enfin, j'y retourne.
Mes pieds sont allés comme des grands au Millenium. Ils avançaient sans que j'investisse la moindre force. Je suis sortie avec cinq livres de Love and Rockets. Joie!
C'est toujours drôle lorsqu'on nomme une vérité si voilée à quelqu'un et qu'il savait déjà tout à l'avance. Il est bien normal que mes parents connaissent des vérités honteuses à mon sujet, après tout je suis leur progéniture. Ça me surprend quand même et ça fait du bien d'entendre son père acquiescer lorsqu'on énonce la vérité la plus horrible à son sujet. Ma mère avait aussi acquiescé à l'écoute de la même vérité. Même si je ne vois pas la psychologie de la même manière qu'eux, je crois que c'est quand même un avantage d'avoir des parents qui aiment suivre des cours de psychologie dans leurs temps libres. On peut discuter. Mes parents possèdent une espèce de confiance sans condition en moi qui m'étonne toujours. On dirait qu'ils attendaient, sans me presser, que j'énonce la vérité moi-même. Je crois que c'est ça l'art d'être parent.
« Il serait temps, jeune fille, d'apprendre à te créer tes propres échéances! » Je me suis réveillée sur cette belle pensée. Une belle pensée que je me répète depuis des lustres. Elle ne rentre toujours pas. Je m'organise sans cesse pour être à la dernière minute. Ma petite chatte noire vient de se coucher près de moi. Elle m'a fait signe d'enlever ma pile de livres de Rancière. Elle voulait se coucher à mes côtés. Il n'y a plus de place pour les livres. Je dois céder et travailler dans ces conditions. Mon temps est réduit par ma position au pied du mur et mon espace est géré par mes chats. Quelle vie! Dans un temps et un espace réduits, je dois écrire les sept pages qu'ils me restent à produire aujourd'hui sur la problématique du lieu. Ça tombe bien! Puisque mon temps et mon espace sont contraints par des limites, par des frontières, ça produit un lieu. J'écris sur le lieu dans un lieu. Quelle belle mise en abyme! Après c'est ma libération, ou plutôt enfin le moment où j'aurai le temps de me consacrer à mon projet de thèse. Ce qui n'est encore qu'une autre illusion. Je viens de regarder mon horaire dans iCal (wow, j'essaie de tenir un calendrier grâce à un produit de la pomme evil!) et je vois peu de temps pour le projet de thèse. Ce n'est là qu'un autre lieu... et encore! ... pour une autre fois!
Ce qui est terrible du mensonge, c'est qu'il est si bon de s'en départir. Le menteur qui avoue se sent tellement bien après. C'est toujours les mauvais qui gagnent. Julie sait toujours tout, anyway. Elle savait déjà que je mentais, ce qui rend mon entreprise encore plus pitoyable. Le mensonge en soi est une chose fort méprisable. Je ne mentais pas à propos de quelque chose de grave, juste d'une question au demeurant pas très importante. Je suis une habile menteuse. Je puis vous l'assurer. Je suis bien habile dans une série d'activités peu recommandables du genre. J'essaie de me défaire de ces talents trop naturels, tous liés au domaine de la méchanceté. Même pour une habile menteuse, c'est bien difficile d'en passer une à Julie. Je ne voulais pas lui cacher quelque chose de toute manière, j'avais seulement peur de faire face à la musique. Comme on le sait, pour elle, qui vole un oeuf, vole un boeuf. Je l'aime pour cette exigence absolue, mais comme toute personne lâche, comme tout le monde bref, je tente de m'échapper parfois.
Ma nouvelle coupe de cheveux fonctionne (Pour la petite histoire, j'ai décidé d'entreprendre un changement ultra-radical)! Je suis à nouveau une mademoiselle! Fiou... Je ne sais pas trop ce qu'il s'était passé, mais depuis l'été dernier, j'étais systématiquement une « madame ». Je n'ai pas de problème avec le fait de vieillir du tout. Au contraire, j'ai hâte d'être vieille et fort probablement très sage. Je me disais seulement qu'il me restait quelque temps de mademoiselle à vivre.
Je dois vous avouer que récemment j'ai fait beaucoup de présentations orales, tellement que j'étais même arrivée à un moment de confort. J'allais détendue à toutes mes présentations. Parfois ça m'effrayait d'être devenue si peu stressée. Quand j'ai vu, ce matin, ma main trembler - mon bras devrais-je écrire - , je me suis vraiment demandée c'était quoi cette connerie-là. J'avais l'impression de revenir des années en arrière. Le souvenir était plus difficile à prendre que l'exposition de la fragilité elle-même. Il m'était plus souffrant de me retrouver à nouveau dans une position où je perdais le contrôle de mon corps que de montrer à tous ces gens que j'étais une jeune femme timide. La timidité, c'est une très belle chose vous savez. Je ne remettrai jamais en doute cette grande vérité. Je crois que j'ai arrêté de trembler après quelques minutes, ou enfin je n'y pensais plus. Une fois lancée, c'est fascinant de voir comme tout s'enchaîne d'un coup.
En relisant beaucoup Adorno, je me suis rappelée pourquoi je l'aimais tant et à quel point il a toujours été très près de moi, même lorsque je le lisais moins. Il n'y a pas de philosophe du calibre d'Adorno. Il écrit magnifiquement bien, enfin dans les traductions françaises. Sa langue est belle, certes, mais il ne faudrait pas croire qu'il donne dans les fioritures. Son style est beau et précis. Ses propos sont durs, parfois très sombres et sévères. Ça ne l'empêche toutefois pas d'être à la fois un penseur sensible et touchant. Je me lance bientôt pour vrai dans La Dialectique négative. Je devrais enfin être capable d'en faire une lecture à mon goût.
En relisant beaucoup Adorno, je me suis rappelée pourquoi je l'aimais tant et à quel point il a toujours été très près de moi, même lorsque je le lisais moins. Il n'y a pas de philosophe du calibre d'Adorno. Il écrit magnifiquement bien, enfin dans les traductions françaises. Sa langue est belle, certes, mais il ne faudrait pas croire qu'il donne dans les fioritures. Son style est beau et précis. Ses propos sont durs, parfois très sombres et sévères. Ça ne l'empêche toutefois pas d'être à la fois un penseur sensible et touchant. Je me lance bientôt pour vrai dans La Dialectique négative. Je devrais enfin être capable d'en faire une lecture à mon goût.
J'ai essayé de ne pas le prendre personnel en vain. Je l'admets maintenant mon chat m'aime moins que Julie. Hier matin, j'étais seule à la maison avec la compagnie féline et il a pleuré pendant trois heures. Pas pleuré, miaulé, mais ça revient au même. Je l'ai bercé pour le calmer! Elstir - dépendant affectif notoire et ex-déprimé qui avait arrêté de manger pendant deux semaines lors du déménagement - s'ennuyait de Julie. Pendant sa crise, il est allé devant la porte de la salle de bain en me faisant signe de l'ouvrir. Je me suis dit qu'il voulait peut-être boire dans la toilette. Cette activité lui est interdite. J'étais si désespérée que j'ai cédé. Il est entré dans la salle de bain vingt secondes et est ressorti. De toute évidence, il ne voulait pas boire dans la toilette, mais vérifier si Julie était là. C'est dur pour l'égo.
J'ai médité toute la journée d'hier sur le rapport de l'art à la société marchande. Ça tombait drôlement puisqu'à l'université mes moindres contacts portent sur les fameuses bourses, dont les premières réponses arrivent ces derniers jours. Je suis toujours gênée que ce sujet, somme toute alimentaire pour la majorité, soit au coeur de tous les échanges entre les individus qui composent l'institution. Je ne veux pas me décrire ici comme une rebelle, ce que je ne suis vraiment pas. J'ai joué aussi le jeu de ces choses-là et j'en profite largement comme les autres. J'ai compris que dans la Théorie esthétique d'Adorno l'oeuvre d'art est modulée par les lois du marché. Depuis la modernité littéraire, depuis Baudelaire pour Adorno, l'oeuvre d'art n'a pas à s'inscrire pour ou contre le marché : « l'oeuvre d'art absolue est marchandise absolue ». L'autonomie fondamentale de l'oeuvre ne peut pas être radicale. Elle doit accepter et porter en son sein une loi dictée de l'extérieur par la société marchande. Cette loi se retrouve, avec tout le reste, au moment négatif de la dialectique essentielle de l'oeuvre. Même si, comme me le disait Julie, un des pires crimes de Céline fut de refuser l'hétéronomie de sa société (ou de prendre sur lui la plus horrible d'entre toutes), il avait compris : « Achetez Féerie ! achetez Féerie ! le livre qui vous réjuvène l'âme, boyaute le boyau. »
Je suis une jeune femme trop sérieuse. Je me suis fixée un objectif. Dans quelques semaines, je vais avoir 26 ans et la seule que je demande c'est plusieurs jours de débauches. Au début, je voulais confier ce désir profond et essentiel en friends only, comme les autres conneries que j'ai écrites aujourd'hui, mais bon je l'écris en public. Ce qui n'est pas normal dans notre monde, c'est l'absence de fêtes et non l'inverse. C'est officiel donc. Sur ce, je retourne à la rédaction de mes travaux.
