20 novembre 2009 @ 12:32
Amélie, la femme professionnelle, frappe encore. Je vous en prie, sortez cette personne insupportable de moi! J'en suis fort dégoûtée. L'autre jour, j'étais à la librairie avec Julie. Je me suis achetée un livre et j'avais besoin de la facture. J'ai un compte de dépense de livres (c'est vrai en plus et ça ajoute à l'image de la femme professionnelle). Je ne fais pas d'habitude très attention à mes factures. J'étais certaine de ne pas l'avoir et j'ai demandé à la femme de la librairie si elle me l'avait bien donné. Elle m'a dit oui et j'ai répondu que je ne pensais pas avec un air confiant. Comme une femme professionnelle agaçante le fait! Oui, oui. Évidemment comme toutes les femmes professionnelles gossantes, j'avais tort! La facture était dans mon sac. Je me sentais vraiment conne. J'ai tenté d'être charmante en sortant mon peut-être irrésistible sourire de femme maladroite et timide. Geste désespéré, le mal était sans doute déjà fait et mon malheur devient évident. Je me transforme en monstre, en femme professionnelle confiante et fière de vivre. Je préfère largement être timide et sauvage toute mon existence, même si ça implique qu'on ne voudra de moi nulle part, que de devenir ce monstre de confiance et de supériorité. Je veux vieillir, oh oui je le veux, mais pas n'importe comment de grâce.
 
 
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10 novembre 2009 @ 13:08
J'ai décidé de recommencer à écrire plus régulièrement ici. Julie m'a dit qu'elle s'ennuyait de pouvoir me lire. Puisque je vise à plus ou moins long terme le titre de super amoureuse, en plus du titre de super humain, je dois répondre à ses désirs. Honnêtement, j'oubliais à quel point ça me fait du bien. Je suis vraiment construite pour le blogue. Ça correspond à moi, ça répond à merveille à mes états d'âme. J'aime aussi, bien sûr, prendre le temps d'écrire dans d'autres cadres. L'un n'exclut pas l'autre. 

Une dizaine de jours me sépare de mon examen doctoral et je suis tellement peu stressée que mon calme finira peut-être par m'angoisser. Je relis mes romans et je me dis que j'ai fait les meilleurs choix du monde. J'ai l'impression que je suis prête depuis si longtemps que je ne suis pas perturbée par l'arrivée réelle de cet examen. Je me dit seulement : « Enfin! ». 

J'assiste avec l'homme à un cours de philosophie sur la colline cette session. Je trouve très difficile de suivre dans un cours de bac, plus que je ne le croyais. Il faut dire que le prof est un peu trop lent. Ce n'est pas parce que je serais trop intelligente pour la matière. Non, non, il est juste vraiment lent! Et en plus, il charcute comme un universitaire convaincu un penseur que j'adore qui selon moi ne pouvait pas être touché par les grandes entreprises de destruction de la pensée propre à l'institution. Eh bien, non, même le plus résistant des penseurs peut être mis à mort par l'université, c'est dangereux. Je ne savoure plus avec autant d'intensité qu'avant les cours (sauf les cours des très grands profs qui ne s'épuiseront jamais). Je sens que je suis de plus en plus prête à être de l'autre côté et à sauver, enfin, les penseurs et les écrivains du désastre, même à l'intérieur des cadres de l'université. 

 
 
05 novembre 2009 @ 09:25
Je réalisais l'autre jour que mes coachs de boxe sont vraiment complémentaires. Si on veut les décrire grossièrement,  il y a le gentil et le pas gentil. Le gentil est le meilleur pour enseigner la technique et la stratégie. Le pas gentil, qui est le propriétaire du club de boxe, enseigne très bien la rigueur et le conditionnement physique. J'ai développé une relation de travail amicale avec le gentil. Ce qui n'est pas évident malgré son surnom. Il n'est pas si difficile d'accès, mais il est une personne assez réservée. Deux personnes réservées ensemble prennent du temps à construire une relation! On se parle très peu. La relation est physique, elle s'est développée dans le travail en boxe. J'apprends avec lui comment les boxeurs se montrent leur affection. Ça n'a pas toujours besoin d'être verbalisé. L'affection se démontre par un ensemble de gestes et par la générosité et l'ouverture de l'autre dans le travail à deux. Avec le gentil, j'ai vraiment l'impression d'avoir développé ma technique dans les dernières semaines. Lorsque je suis en équipe pour le pad work avec des débutants, je me sens évidemment la pro de la boxe. J'ai encore bien du travail à faire, mais de toute évidence, je ne suis plus une débutante. J'ai des réflexes qui font que les répétitions sont plus faciles pour moi. Je suis assez précise dans mes coups, mes réflexes sont développés. Je dois apprendre, à mon avis, à mettre du relief. C'est une fille très avancée, une tueuse, avec qui j'étais en équipe qui m'a dit : « Met du relief! ». Elle m'a expliqué après ce qu'elle voulait dire. Elle me disait de réfléchir à ma combinaison avant de la faire et de choisir la puissance de mes coups selon la séquence pour mettre le maximum de ma force dans les moments clefs de ma combinaison.

Le coach gentil est vraiment un passionné de boxe et de combats extrêmes. Ce n'est pas pour rien qu'il est bon pour enseigner la technique et la stratégie, ça paraît lorsqu'il décrit des combats que c'est ce qui l'intéresse. Alors que le pas gentil est très différent, il est bien plus obsédé par la machine humaine que par le combat. Il nous fait des shows qui mettent en vedette sa belle souplesse, sa force, sa vitesse. Je crois que pour le pas gentil le combat est l'occasion de voir deux belles machines en action. Il est fasciné par la démonstration de condition physique des boxeurs, plus que par la stratégie. À l'entraînement, il nous épuise au maximum. Il ne tolère pas les paresseux, il n'y a pas de paresseux dans son club. On doit suer toutes les gouttes de notre corps. Nous aurons un cardio du tonnerre et nous serons musclés en sortant de sa classe. Et nous serons souples! Le pas gentil ne fait jamais de bons commentaires. Vous connaissez maintenant l'origine de son surnom! Le gentil n'en fait pas énormément non plus, puisqu'il est homme de peu de mots, mais on sent dans ses yeux l'encouragement. Dans les yeux du pas gentil, on se sent le mépris : « Allez minable, sue, si tu veux boxer ». Mais parfois, on sent un peu de reconnaissance vis-à-vis certaines aptitudes physiques. L'autre jour, j'ai compris que le pas gentil me reconnaissait une certaine maîtrise des principes de la boxe. Il veut seulement que je gagne de la vitesse. Il passe à côté de moi et me répète sans cesse : « Plus sec, plus sec ». Quand j'aurai gagné de la vitesse, je suppose que j'aurai droit à un autre de ces rares moments où il exprime une certaine reconnaissance des acquis.   


 
 
Il fallait bien que j'écrive hier que je désirais m'isoler pour que le lendemain, je me montre au grand jour. Monde, me voilà, plus prête que jamais! Je suis sortie écrire et finalement j'ai vu un livre en marchant devant la librairie. Je l'ai acheté et je l'ai lu. J'ai annulé mon programme de la journée pour ce livre que j'ai lu près des grandes fenêtres de la grande bibliothèque. C'était si bon que je ne regrette pas d'avoir tout arrêté pour ce livre. Je pense que la vie devrait toujours comprendre ce luxe de pouvoir tout bousculer pour pouvoir se consacrer à un livre, à un livre qui parle de choses importantes. Il n'y a peut-être que les étudiants de doctorat comme moi (et ils sont trop cons pour savoir qu'ils sont chanceux) qui connaissent cette possibilité, qui n'est toutefois que de courte durée.

Je me dis souvent que la vie quotidienne avec moi doit être insupportable. Il m'est arrivé de dire dans des excès de colère à des personnes très chères qu'elles m'étaient insupportables. En réalité, c'est toujours moi que je ne supporte plus. Je ne supporte pas ma fragilité. J'ai tant rêvé d'être plus forte que tout et je suis encore une femme fragile et trop sensible. Je n'arriverai jamais à la dureté rêvée. Je ne la veux plus d'ailleurs. Sauf à quelques moments, dans ces instants où je ne respecte pas les limites que je m'impose, je souhaite alors comme avant être totalement inébranlable. Ça n'arrivera pas, j'ai renoncé. Je ne serai jamais inébranlable, je serai à fleur de peau tout le temps.

« Tu pleures comme si je venais de mourir. » Elle est là pourtant, à côté moi. Elle fait tout ce qu'elle peut pour calmer cette souffrance qui a explosé tout d'un coup. Elle ne comprend rien, moi non plus sinon l'évidence de ma folie. Pendant presque une heure, j'ai tant pleuré que je n'arrive plus à parler. Je respire mal, elle m'aide à me calmer. Dans ma tête, c'est pire que tout. Je ne pense plus à rien sinon à l'angoisse, à l'idée de l'angoisse qui me paraît tellement trop immense pour moi.

Un jour ma mère a vu le nom de ce blogue quelque part. Je ne sais plus où. Elle m'a dit : « Amélie, tu n'es pas déprimée ? ». J'y ai pensé longtemps. Je me suis dit que ma mère, malgré tout mes efforts pour m'affranchir totalement, me connait trop bien. Je ne suis pas dépressive en effet et pourtant je porte une tristesse immense. Elle n'est peut-être pas la mienne, sans doute pas. Le jour où je serai vraiment forte, tout en demeurant sensible, je comprendrai d'où elle vient. Quand je serai une vieille sage, pas avant. C'est comme ça. 
 
 
Musique actuelle: Current 93 - A Sad Sadness Song
 
 
03 novembre 2009 @ 13:41
J'écoute depuis hier de la musique du diable sans arrêt. L'ambiance est à la réjouissance lorsque je suis seule chez moi. L'homme de la maison et Julie sortent plus souvent dans le monde extérieur que moi. À part pour la boxe et la natation, je sors peu. Je suis d'une humeur plutôt incompatible avec le monde extérieur et j'ai le luxe de pouvoir m'isoler. Après plusieurs semaines à me plonger dans la musique classique mur-à-mur avec mes amoureux et à parler tout le temps de musique classique, je me sentais incapable de retourner à certaines de mes habitudes musicales (enfin pour un temps!). J'ai décidé hier que je n'écoutais que des groupes sombres et exigeants comme Current 93, Death in June, Coil, Sol Invictus, Throbbing Gristle, Nurse with Wound... Je me suis dit en riant que j'écoutais la musique du diable et je me suis rappelée que lorsque j'étais petite mon père me disait que c'était vrai que certains albums contenaient des messages subliminaux lorsqu'on les écoutait à l'envers. Mon père m'a même raconté qu'il avait jeté ses vinyls avec les messages subliminaux. Il avait mentionné Pink Floyd. J'étais à la fois effrayée et morte de curiosité. Évidemment, je me suis arrangée pour trouver des disques de Pink Floyd rapidement que j'écoutais en l'absence de mon père. Il me disait très sérieusement que si Dieu existait, il y avait aussi le diable. J'aimais beaucoup parler de la religion avec mon père. Un été, j'allais à des leçons bibliques. C'était peut-être mes premiers cours de littérature. On étudiait les textes de la Bible. Je discutais toujours avec mon père après mes leçons, surtout des aspects sombres de l'Ancien Testament qui me passionnaient plus que les aventures de Jesus. Puisque mon père croyait à l'existence du diable, il ne voulait pas que je regarde L'exorciste, parce qu'il disait qu'il n'y avait pas de blagues à faire, les exorcistes existent. J'ai bien sûr regardé L'exorciste chez une amie et j'ai eu tellement peur pendant des semaines. J'ai toujours été très sensible aux films d'horreur. C'est pour ça sans doute que j'en ai fait une passion. 

Dans mon écoute intensive de musique sombre, j'ai surtout porté mon attention sur Death in june. Ils écrivent toujours des chansons dans lesquelles la Deuxième Guerre mondiale est omniprésente. Et Death in june n'est pas un groupe néo-nazi contrairement à ce que la rumeur prétend! Vraiment pas. Death in June fait une musique qui se plonge dans tous les aspects de l'horreur nazie pour la comprendre. La proximité entre la forme artistique et l'horreur la plus absolue est troublante. L'art ne divulgue pas de message, l'art ne divulgue encore moins de message politique. La liberté de l'art est cette proximité avec l'horreur impossible ailleurs. Les oeuvres d'art sont les seules à pouvoir frayer avec l'horreur sans y participer. Le leader de Death in june, Douglas Pearce, est passionné par Pompes funèbres de Jean Genet. Je l'écoute en cherchant les traces du roman qui ne sont pas si évidentes, bien que l'influence de Genet dans la musique de Death in june est partout. En lisant sur le groupe, j'ai appris que leur nom fait référence à la Nuit des longs couteaux, l'épisode que raconte entres autres un film que j'adore : Les damnés de Visconti. Dans le récit de Visconti, l'emphase est mise sur l'homosexualité des SA. Les SS descendent tuer les SA pendant une orgie. L'homosexualité est aussi partout présente chez Death in June. Comme chez Genet, le corps du soldat est érotisé. Il serait bien difficile pour moi de nier la compréhension sensible que j'ai de cette érotisation. Bien sûr, ça me touche, je ne lis pas Genet avec tant de passion pour rien. Je n'ai pas d'idée pour terminer ce texte, alors je vous laisse sur une chanson de Death in june qui cite Pompes funèbres (le vidéo est fait par un fan qui utilise des images de Eraserhead et d'American Beauty): 


 
 
06 octobre 2009 @ 13:30
Il y a des journées comme ça où le travail avance si vite et si bien que j'en suis effrayée. Je me sens écrasée sous le poids mon enthousiasme et j'ai peur de ne jamais réussir à tout écrire. Tout s'enchaîne trop bien. J'ai décidé d'entreprendre une nouvelle façon de travailler et ça fonctionne, j'avance à une vitesse folle. Mon bonheur est trop grand pour être vrai. Quelle horreur! J'ai bien raison de me plaindre.
 
 
28 septembre 2009 @ 08:41
Je regrette rarement de m'être confiée. Je n'ai pas honte de mes sombres pensées ou des sombres aspects de ma personnalité. J'ai honte de mon comportement parfois. Sans doute parce que je ne me contrôle pas. Je suis une hystérique... mais bon, c'est un autre sujet. Lorsque je dis quelque chose de très intime à quelqu'un, je ne regrette jamais de l'avoir dit ou de m'être révélée. Ça n'enlève pas que je puisse être fâchée après, fâchée d'avoir dit quelque chose à quelqu'un qui ne pouvait rien comprendre et qui ne comprendra pas la valeur de ce que je lui ai confié. Je pense toujours que celui à qui je parle pourrait comprendre sur le coup ou plus tard, sinon je préférerais me taire. Récemment j'avais senti quelque chose de très fort en lisant un livre. Julie m'a déjà raconté qu'elle avait décidé de rompre avec un homme après avoir lu Antonin Artaud. Je n'ai pas ressenti exactement les choses comme celles-ci, sans doute que Julie non plus dans cette histoire passée. Je simplifie. C'est plutôt que la lecture m'a révélée à moi-même. Je lisais un livre avec un personnage à la fois égoïste et indifférent tout en étant bouillonnant et vivant. Je ne pensais pas retrouver toutes ces caractéristiques fortes en une seule personne, et pourtant, au même moment, je les sentais en moi. Je ne voulais pas en parler. J'avais l'impression que c'était immensément cruel de me sentir comme ça. Je peux m'avouer mon égoïsme et ne pas vouloir l'accepter. Je ne tiens pas particulièrement à finir mes jours comme une folle égocentrique. Ce n'est pas la route pour devenir un super humain et je l'ai déjà écrit ici, je cherche la route lumineuse si possible.

Je me sentais comme le personnage du roman débordante de vie et toutefois indifférente face au monde extérieur, insensible face à certaines de ses beautés. Je sais bien pourquoi. C'est l'histoire de ma vie, histoire qui se répète toujours et qui ne risque pas d'arrêter. J'ai longtemps pensé que j'étais une grande solitaire pour me protéger, mais j'aime sincèrement et profondément les êtres humains. Ma relation avec eux se termine de la même façon. Je finis par les trouver médiocres, jamais à l'hauteur de ce que ce qu'ils pourraient être et ça me dégoûte, ça me dégoûte tellement de façon viscérale qu'il n'y a plus rien à faire. Ne vous trompez pas, j'espère sans arrêt. Je laisse une chance au coureur jusqu'à la toute fin. Je ne veux pas avoir raison, je veux être surprise et déroutée par les êtres humains. Malheureusement ça n'arrive pas souvent. La plupart jette la serviette à la première occasion soit parce qu'ils n'ont pas de courage, pas d'imagination, pas de goût pour la vie ou soit pour ces trois raisons. J'aime l'être humain, même si presque tout le temps, il est bête et plate. Il pourrait tellement en être autrement. Des fois, je me demande si les gens veulent vraiment qu'il en soit autrement, même ceux qui prétendent avec passion vouloir changer le monde me semblent parfois ne pas tenir à ce qui est à la base de la vie de la communauté : l'amour, la liberté et la responsabilité. 

 
 
 
 
24 septembre 2009 @ 21:15
Peut-être que j'ai un lien familial plus ou moins direct avec les vampires. Je ne sais pas, mais enfin, mon père a déjà eu des crocs que le dentiste lui a arrachés lorsqu'il était adolescent. Ma mère m'a fortement suggérée de recommencer à manger du boudin. J'ai besoin de sang qu'elle a dit! Et moi, comme une conne pseudo-raffinée, j'ai acheté du boudin blanc parce que c'est bon et chic. Mais il n'y a pas de sang dans le boudin blanc! Lorsque j'étais jeune fille, ma mère préparait une fois par mois le plat spécial des femmes de la maison. Nous avions toutes les deux droit à notre petite portion de boudin noir. Selon ma mère, qui a autorité en la matière, je suis comme elle anémique. Nous aurions donc une carence de fer et le boudin aiderait à palier cette carence. J'avais arrêté d'en manger. Ma condition anémique n'est pas disparue. Remarquez que c'est pratique! J'aime mon teint pâle. Je ne m'imagine pas bronzée. Et honnêtement, j'aime bien mes cernes, autre trait des anémiques. Ça aide à me donner une gueule d'intellectuelle redoutable. Je trouve que ça me donne de la crédibilité. 
 
 
23 septembre 2009 @ 07:06
Le stress n'est pas une bonne chose. Voilà la grande et étonnante conclusion que ma sagesse en devenir m'a apprise! Si l'entraînement à la boxe est parfait pour lutter contre la mélancolie et la grisaille de certains jours, il est inefficace contre le stress. Tout est inefficace contre le stress! Le stress, c'est de la merde (C'est encore ma sagesse qui parle). Je suis arrivée au club de boxe hier matin heureuse avec l'espoir d'oublier mes soucis d'étudiante. Je ne pensais pas à ma petite vie et à ma condition. Je ne pensais à rien. J'étais pourtant faible physiquement. Le stress me mine complètement. Je trébuchais souvent dans ma corde par manque de concentration. Mon jogging était complètement nul, mes accélérations pathétiques. Je n'ai pas tenu en planche plus de vingt secondes. Mes push-up ne valaient pas de la merde. Il y a seulement le pad work et le travail au sac qui allaient, même si je n'étais pas au top de ma forme avec mon cardio et ma concentration qui suckaient. J'avais l'impression que si ça allait dans le pad work, c'était seulement par réflexe et aussi par plaisir de frapper. Je pensais me rendre à l'université en vélo (plus précisément en infâme mais pratique bixi) après l'entraînement, mais j'ai cru que je pourrais m'évanouir si je continuais l'activité physique après une heure et demie de sport dans ma condition de femme trop stressée. Pour me rassurer face à la vie, je repensais à Julie qui me disait qu'elle m'aimait alors que je devenais un peu insupportable. Je n'étais pas encore tout à fait insupportable, mais on voyait les signes annonciateurs se pointer. Tous aux abris, une jeune professionnelle stressée! Fuyez! Julie ne fuit pas même si elle connaît le pire, pire que je n'ai plus envie de montrer. Mieux vaut être une Amélie trop sensible, à fleur de peau et blessée, chez moi comme ailleurs, qu'une toute puissante petite bourgeoise en contrôle, frustrée et stressée. Alors là, quand même, j'espère que vous reconnaissez un peu ma sagesse! C'est exemplaire pour une pas encore trentenaire. Imaginez ce que ce sera plus tard! 
 
 
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14 septembre 2009 @ 21:40
Je me souviens que lorsque j'ai ouvert ce journal, j'étais folle amoureuse de Julie depuis quelques mois. Je lisais avec passion son journal, même si au début la jeune fille pudique que j'ai été trouvait indécent de lire un journal sur Internet. Dans mon journal, un des premiers sujets que j'ai abordé, c'était mon départ de Sherbrooke. Aux côtés de Julie, je me sentais devenir ce que j'avais toujours voulu être. Je me sentais libre de tout et surtout tellement plus forte. J'ai commencé ce journal en secret. Je n'osais pas en parler à Julie. J'ai commencé à écrire à Sherbrooke, une fin de semaine où j'étais allée seule chez mes parents. J'étais partie me ressourcer pour prendre la décision qui allait me conduire pour de bon dans les bras de Julie. Je n'ai pas envie de me relire, mais je me connais, je devais écrire que Sherbrooke était la ville plus infâme de tout le Québec! La fin de semaine dernière, je suis allée chez ma mère et je me suis rendue compte que j'étais en paix avec Sherbrooke. Je n'ai plus envie de maudire comme avant la ville où j'ai grandi. Je me sens même prête pour aller affronter d'anciens démons qui traînent à Matane, autre ville de mon enfance. J'ai envie d'aller emprunter les chemins où je marchais petite fille avec mon air fier en allant me chercher les journaux de Montréal qui arrivaient à midi. J'étais déjà dans ma tête le sommet du monde, j'allais devenir une grande journaliste et ça m'emmerdait profondément d'être une fille de ces deux régions que je trouvais aussi ennuyantes l'une que l'autre. Je marchais dans les rues de Matane en m'imaginant au sein de grandes aventures. Je racontais à mes frères ces aventures. J'imaginais toujours mes petits frères avec moi. J'allais les sauver de la région. Un jour, je nous voyais à Montréal, dans la grande ville enfin, nous serions libérés!

Ce jour arrive pour un de mes frères! Il s'en vient vivre à Montréal. Alors que moi je suis partie depuis plus de huit ans, c'est mon tout petit frère qui s'en vient à l'université pour étudier en urbanisme. Il désire même s'installer à Hochelaga pour que l'on soit près l'un de l'autre. Je suis partie de la maison familiale alors qu'il était encore un enfant. Pourtant lorsque je suis avec mon frère, c'est comme si nous avions été tout le temps ensemble. Du jour au lendemain, il va venir habiter près de chez moi et je sais que ça va s'installer naturellement. Je sentais en fin de semaine la fébrilité de mon petit frère qui n'en peut plus de Sherbrooke et qui a rudement hâte de vivre en ville. Je suis en paix désormais, c'est mon frère qui porte mes tourments d'avant. Il commence à être un homme, mais j'ai l'impression qu'il sera vraiment un adulte lorsqu'il sera installé à Montréal. Je sens tout le bien que son départ lui fera. 

Cette fin de semaine, nous avons gravi, Julie et moi, une montagne avec ma mère et mon autre frère! Quel sentiment merveilleux! La montée était vraiment cardio. Ma mère avait décidé que nous allions emprunter la route nommée « Les intrépides ». Nous entreprîmes le coeur léger cette montée sans nous douter de toutes les embûches qui nous attendaient, de toutes les pierres à gravir. Nous ne nous doutions pas non plus du sentiment grandiose au sommet de la montagne alors que nous étions cheveux dans le vent et que nous respirions le grand air. Pour la descente, nous avons opté pour la route dite panoramique qui nous permettrait d'apprécier les splendeurs de l'Estrie. En dévalant la montagne, je me suis rendue compte que j'étais libérée pour de bon de Sherbrooke. Je voyais au loin ce qui semblait être mon ancien enfer et tout était beau, beau, beau. Je ne vous laisserai pas sur cette note trop positive. J'ai depuis d'autres démons. Ne vous en faites pas!
 
 
10 septembre 2009 @ 11:27
Pendant quelques semaines, j'ai pris un congé de boxe à la fois forcé et volontaire. Je suis de retour au club et j'ai mal aux épaules! À part ça, le retour n'a pas été difficile. Mon esprit est revenu dans la routine comme si rien n'était.  L'entraîneur est passé à côté de moi pendant le pad work et m'a dit : « Encore tes coudes! » comme si je n'avais jamais arrêté d'y aller. Dans le vestiaire des femmes, le même casier est toujours brisé et je m'installe encore à côté de celui-ci dans mon petit coin sombre. J'ai la même photo de moi devant un poster de Mohamed Ali sur ma nouvelle carte de membre. 
 
 
27 août 2009 @ 10:19
De toute évidence, je suis une fan de Discovery Channel! Je ne connaissais pas ça, puisque je n'ai pas le câble depuis que je suis partie vivre dans la grande ville. Le démon entrera peut-être dans notre demeure sous peu. Je devrais arriver à vivre avec la présence du câble. Après tout, je vis avec des démons encore plus terribles : la xbox360, Fallout 3 et une télé HD! Les tests scientifiques de Discovery Channel me fascinent tellement. Ça me rappelle l'époque où j'étais une jeune geek entourée d'hommes geek, nous passions notre temps à faire des analyses impossibles. J'étais entourée de plusieurs vrais scientifiques. On ne discutait pas seulement dans le vide. De nos jours, Discovery Channel offre une vingtaine d'émissions avec des tests et des spécialistes pour répondre à toutes ces pertinentes questions. Je ne suis plus aussi près de mes anciens cercles d'hommes geek, puisque j'ai abandonné les jeux de rôles, mais je peux retrouver la curiosité obsessionnelle des geeks grâce à Discovery! 

Un des grands moments est le passage de Lucia Rijker, ma boxeuse préférée, à Sport Science où il a été démontré hors de tout doute, bien sûr, que les femmes en boxe pouvaient frapper aussi forts que les hommes, sinon plus. Le vidéo est disponible sur ce site : Lucia Rijker à Sport Science. Je ne commenterai pas le vidéo. Je conserve tous mes commentaires pour mon entrée que je prépare à propos de la boxe féminine. 
 
 
26 août 2009 @ 16:48
Je ne suis peut-être bonne que pour les histoires d'amour. En ce moment, c'est ce que je pense et je ne veux écrire que des histoires d'amour. C'est horrible parce que ma mère a gagné! Ben, oui, ma mère qui sait tout sur moi, même ce que je me suis forcée à lui cacher. Quand j'étais au cegep, pour une raison que j'ignore, je faisais lire mes textes pour mon cours de création littéraire à ma mère. Je voulais sans doute qu'elle corrige les fautes. J'étais à une époque particulière de ma vie où je découvrais ma sexualité dans toutes les formes qu'elle pouvait prendre, je découvrais aussi ma violence. Je ne désirais écrire que des textes violents. On devait écrire n'importe quoi pour le cours. J'étais trop pudique pour rédiger toutes les scènes sexuelles que j'avais constamment en tête, même seulement pour moi dans mes cahiers secrets je n'y parvenais pas, mais je me laissais complètement aller pour les scènes violentes. Une semaine pour le cours, j'ai écrit un texte que je ne veux pas relire. J'écrivais comme un pied! C'était l'histoire d'un gars qui assassinait froidement un poisson rouge, un chien et puis un être humain. L'ambiance était au rituel. Le prof avait écrit sur ma copie que c'était vraiment cliché mes longues descriptions de tâches de sang sur les murs blancs. Ma mère m'avait dit : « Ce n'est pas beau, Amélie! » Elle était profondément dégoûtée. Ma mère avec qui, dans un épisode bizarre, j'ai déjà regardé Cannibal Holocaust. Elle voulait absolument voir le film que j'avais loué et moi, j'étais trop heureuse d'avoir trouver dans mon ostie de ville inculte de région le film fucké italien que je voulais regarder. Je n'ai pas pu attendre et je l'ai regardé avec ma mère. Après avoir lu mon texte qu'elle avait tant détesté, elle m'a dit : « Amélie, toi, tu es bonne pour les histoires d'amour ».

Ma mère aimait le même texte que mon prof de création littéraire. Le seul texte de ce cours qui m'a valu des compliments de mon prof, que je détestais et de qui je n'espérais pas le moindre compliment anyway (Avec le recul, je ne le détestais pas tant que ça. Pas plus que les autres, je veux dire! Enfin, de toute façon, c'était une haine fair. Je le connaissais bien et il m'a souligné lors de plusieurs occasions que j'étais une sale arrogante. Il avait cette façon de me regarder qui disait : « Jeune prétentieuse, tu n'es pas si intelligente que tu le crois » Et il avait bien raison d'ailleurs). La nouvelle s'appelait « Le gambit de la dame ». C'était l'histoire qu'un homme fou d'amour pour une femme mariée qui organisait une partie d'échecs passionnante avec le mari pour pouvoir séduire sa femme à son insu. Le mari trop obsédé par la partie, qu'il a gagné, ne voyait pas qu'il se faisait prendre sa femme par son adversaire. Ma mère et mon prof aimaient donc cette nouvelle. Ça accentuait ma colère. Je me disais que je ne devais plus écrire des histoires d'amour. Pour moi, leurs compliments étaient la preuve concrète que je ne devais jamais écrire des histoires d'amour. 

Et puis, je suis aujourd'hui devant un projet de roman que je trouve relativement sérieux. Je veux dire que j'y travaille avec sérieux. Je suis incapable de ne pas écrire un roman d'amour. Ma mère a gagné. Je suis faite! Heureusement, elle ne doit plus s'en souvenir. Mon orgueil est sauvé! Je ne lui dirai pas. Elle serait trop fière. Ça ne vient pas du voisin mon arrogance et mes prétentions.
 
 
25 août 2009 @ 09:52
J'ai lu plein de trucs sur l'absence de la boxe féminine aux Olympiques ces derniers mois. Et voilà depuis quelques semaines, c'est fait! Les femmes pourront boxer. J'écris un texte bientôt là-dessus. En attendant, je vous laisse sur un vidéo avec Lucia Rijker, une grande boxeuse, qui accueille la nouvelle avec joie.

 
 
 
20 août 2009 @ 13:25
La maison est redevenue un espace intellectuel. Je m'y sens bien. Pas qu'elle était devenue un espace non-intellectuel. Oh non, voyons! La moindre de mes activités, même les moins édifiantes, s'inscrit dans un vaste projet intellectuel, comme vous le savez tous. Je m'y consacre à temps plein. Je blague, mais à peine, tout peut être inclus dans mon vaste projet de compréhension du monde.  C'est merveilleux! C'est pour cette raison que j'ai préféré celui-là à tous les autres projets que j'aurais pu entreprendre. Je ne vais pas reporter la faute de la suspension du climat intellectuel à la maison à mes compagnons de vie. Ils ne sont pas davantage responsables que moi. À bien des reprises, j'ai moi-même oeuvré à détruire tout climat intellectuel par mon absence d'intérêt pour tout. Je ne sais pas si les étudiants en littérature sont tous réguliers. J'ai déjà connu un jeune homme, grand lecteur, qui notait le nombre de pages qu'il lisait. Je n'ai jamais personnellement entrepris ce genre de compilation. J'abandonne trop de livres que je lis à moitié et je suis horriblement irrégulière. Je peux arrêter de lire pendant plusieurs jours et recommencer à lire quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, comme dans les derniers jours. 

Reprendre l'écriture avec Julie est le grand événement salvateur dans ma vie. Évidemment l'écriture de ma thèse est mon projet le plus important en ce moment, malgré tous mes efforts pour faire un travail « libre », je dois faire une démonstration. C'est un exercice académique, même si je crois qu'il y a des possibilités de le rendre fort passionnant à rédiger. Ces jours-ci, j'écris avec Julie. C'est ce qui me semble redonner un climat intellectuel hors du commun dans notre maison.  On se lève tôt toutes les deux pour écrire ensemble avant qu'elle me quitte pour gagner notre pain et notre beurre. À son retour, je prépare le souper comme la bonne étudiante ménagère que je suis et nous nous attaquons à notre texte en chantier. Nous écrivons un truc sur un roman. Nous prenons le temps de tout analyser, de discuter du moindre détail. Julie est une terrifiante perfectionniste. Avec elle, on ne laisse pas traîner des illogismes. Elle me demande sans cesse la preuve de ce que je dis et elle cherche elle-même dans le roman les preuves de ce qu'elle avance. Ce qui me fait du bien, c'est d'écrire un texte comme ça avec Julie pour le plaisir de discuter d'une oeuvre que nous avons aimé toutes les deux. Nous n'avons pas de thèse à démontrer, aucune intention pratique derrière ce texte. Ce n'est évidemment pas comme le travail pour ma thèse qui déborde de considérations pratiques. 

Un jour, Julie m'a dit que lorsqu'elle était enfant elle avait déjà dit vouloir être avocate. Moi aussi, d'ailleurs, j'y ai pensé pendant longtemps. J'étais une petite fille timide avec beaucoup de caractère. On dit toujours aux petites filles avec beaucoup de caractère : « Tu devrais être avocate ». Sans doute que ça m'est resté en tête, Julie aussi. J'argumentais tout le temps avec mes parents. Ils fallaient qu'ils soient logiques en tout temps dans leurs directives de conduite à la maison, j'argumentais aussi sans arrêt avec les enseignantes à l'école. Les enfants sont logiques! Je me suis déjà imaginée si Julie et moi étions devenues avocates, toutes les deux ensemble. On serait riches! En tous cas, certainement plus qu'en désirant épouser les habits de l'intellectuel. On aurait pu être avocates, je pense. J'arrive à l'imaginer comme une chose vraie, même si je ne le désire pas. Oh non! Mais, après tout, ça pourrait être grandiose. Il y aurait tellement de gens à défendre. Lorsque Julie me demande des preuves pour chaque proposition que je formule pour notre texte, je me dis : « Ah salope, ah l'avocate ». Julie se dit peut-être ; « Ah la salope, bon encore Amélie qui lance n'importe quoi comme ça pour épater la galerie (un autre talent d'avocat) ».  En y repensant, je me dis que Julie n'est tellement pas une avocate, elle est un juge au sens noble et important du terme. Elle demande des preuves pour le grand tribunal de la vérité. À celui-là, on ne peut pas échapper et s'il y a quelqu'un qui travaille à ce grand tribunal, c'est peut-être les intellectuels. Ils défendent peut-être mieux la veuve et l'orphelin que les avocats. Ouais, ouais, ça doit bien être pour ça qu'on n'est pas devenues des avocates. 
 
 
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13 août 2009 @ 10:47
Je n'ai jamais eu de problème avec le fait d'être une intellectuelle. J'ai toujours désiré être sérieuse. Et je dois avouer que j'ai souvent été agacé par les intellectuels (surtout des hommes, mais j'ai connu quelques femmes) qui souffrent d'un « manque  de sérieux chronique ». C'est l'expression que Julie a trouvé pour décrire le comportement de certains de nos amis qui ont besoin de faire des blagues à tout moment afin de s'assurer que ça ne devienne pas trop intime. Évidemment je connais un peu. Je ne manque pas de sérieux de façon chronique, mais j'ai des épisodes de manque de sérieux. Enfin ça m'arrive... J'ai aussi été fortement agacé par les intellectuelles (surtout des femmes, mais il y a sans doute des hommes) qui s'excusent d'exister. Dans un monde où on a tout oublié du rôle d'un intellectuel et que même les universitaires ne savent plus trop ce que ça veut dire, ce n'est toutefois pas étonnant. Bien au contraire! Au moins en s'excusant d'exister, ils confirment qu'ils ont bien compris ne plus avoir de place nulle part.

J'ai cependant réalisé que je déteste certaines dynamiques des intellectuels. Je sais que les féministes me diront que c'est le côté patriarcal qui me dérange. Je demanderai un comité non-mixte la prochaine fois que je tenterai de me sortir d'une conversation. J'aime discuter, j'aime les conversations intellectuelles, mais je ne veux pas argumenter. Ça me fait chier les débats d'argumentation. Je suis une authentique universitaire, évidemment je peux m'en sortir. Je sais débattre. J'imagine qu'en situation officielle, je pourrais débattre et agir comme une universitaire respectable si je suis contrainte à le faire. Julie m'a fait réalisée, il y a quelques années, à quel point il est désagréable de faire partie d'un débat d'argumentation. Dans un des nombreux épisodes glorieux de la vie universitaire de ma dulcinée, quelqu'un lui avait posé une question après une communication. Il lui avait dit qu'elle ne le convainquait pas de tel trait de l'oeuvre d'un écrivain. Elle a répondu comme une grande héroïne : « Mais je ne cherche pas à vous convaincre ». Tout était là dans la réponse de Julie. Elle lui disait au fond : « Je vous fais part de ma réflexion, vous pouvez la prendre ou la laisser là si vous voulez. Je ne vous impose rien, même si honnêtement je pense que j'ai raison. »

Je me retrouve parfois, enfin souvent ces temps-ci, en situation de débat. Je deviens émotive, agressive ou les deux. Je préfère devenir émotive même si c'est plus compromettant. Amélie, l'agressive, ce n'est pas beau (sauf dans le sport!), et Amélie, l'agressive-émotive, ça ne se décrit pas. Enfin je préfère ne pas le décrire. J'en ferai un portrait complet un jour et je ferai bien attention pour faire semblant que ce n'est pas de moi dont je parle. Ça permettra sans doute d'en faire une description plus juste. Je préfère devenir émotive, mais en même temps, j'ai souvent peur de laisser mon adversaire de débat gagner, parce que ma voix ou mes mains tremblent. Lorsque je suis lancée dans un débat, je veux le gagner, même si je ne choisis jamais de débattre. Ça commence toujours par une réaction épidermique! C'est le mot parfait « épidermique », même si je le trouve laid. Je ne l'aime pas parce que ça va bien avec l'expression aussi laide « être à fleur de peau ». J'imagine que je suis souvent à « fleur de peau ». On pourrait dire que c'est l'explication pour comprendre mon dégoût. Ouais, ouais, sans doute. Mais c'est aussi que « épidermique », ça suppose que ça vient de la peau d'une première couche superficielle, alors que pour moi, c'est profond. Selon moi, les réactions épidermiques, c'est du sérieux! Peut-être même plus que les débats d'argument raisonnables et posés.
 
 
12 août 2009 @ 14:50
Je repensais à mon entrée de ce matin et je me disais que je n'étais pas allée jusqu'au bout de ma pensée. Je me reprends un peu parce que c'est important. Lorsque j'écris que Kathy Acker fait de la vraie littérature parce que je me sens mal à l'aise en la lisant, je ne parle pas strictement de ses thèmes. Voici en vrac quelques horreurs de Empire of the Senseless : un viol d'un personnage par son père, les personnages sont fascinés par certaines maladies transmises sexuellement qu'ils attrapent ou des descriptions des conflits entre les Français et les Algériens. Je me sens, bien sûr, mal à l'aise de différentes manières dans toutes ces scènes que j'évoque.  Ce n'est toutefois pas à cause de ces thèmes que j'aime tant le roman. Je pense que la grande littérature veut reproduire le mouvement de la vie et que lorsqu'elle y arrive, elle rend toujours mal à l'aise. Même si les thèmes d'un grand roman étaient les plus jolis en ville, ça n'a rien à voir. C'est une impression que je ne pourrais pas théoriser. J'ai essayé de faire lire certains auteurs à des gens et je me suis rendue compte de ça en écoutant leurs commentaires. Ils étaient heurtés par un livre qui n'était pas au demeurant si choquant. Bon, peut-être, un peu dur parfois. J'aime les livres durs! J'aime les gens durs aussi, je suis conséquente! Je crois que le livre les heurtait parce qu'il arrive à transmettre les mouvements de la vie, comme peu de livres arrivent à le faire. Aujourd'hui, vous savez, on aime l'insignifiant bien écrit, le « rien » dit avec des beaux mots ou avec un humour de bon ton. La littérature, ce n'est pas de transmettre un message sur la vie. Cela dit, on a tort de croire que la littérature peut ne plus avoir de contenu. La littérature a une relation médiatisée au monde. Elle doit être la transformation de ce monde, elle doit préserver son lien à la vie. 
 
 
 
 
12 août 2009 @ 10:03
À Toronto, nous nous sommes achetées, Julie et moi, une pile de Kathy Acker. On faisait des provisions de livres en anglais. Il y a quelques années quelqu'un m'avait dit que je devais la lire. J'avais cherché des écrits à son sujet. Je voyais bien les liens évidents. J'avais lu un de ses romans que j'avais trouvé mal écrit et peu intéressant. J'avais un peu oublié Kathy Acker en me disant qu'un jour je regarderai ses autres livres par curiosité. Je sais bien que je ne suis qu'une sale chialeuse, qu'il en faut très peu pour que je déclare qu'un roman m'emmerde. La liste des écrivains qui m'ennuient est longue! Mais que vous voulez-vous, ils sont plates! Tout le monde est plate et sans imagination. Je lis en ce moment Empire of the Senseless de Kathy Acker et je découvre la grande écrivaine! De toute évidence, je lis une vraie écrivaine comme il y en a peu! Ça me rend bien heureuse, je voulais qu'elle existe cette grande écrivaine punk!

En lisant Kathy Acker, je sais bien ce que j'aime dans la littérature et qui fait que la littérature contemporaine m'ennuie presque totalement. J'aime être mal à l'aise devant un livre. Je crois que mes semblables, lecteurs contemporains, ont oublié comment lire tout en étant sans cesse heurtés et bouleversés par le texte. Les livres stériles et insipides sont dans le vent! J'ai l'impression que si je ne peux me rendre entièrement vulnérable devant le texte, que s'il ne provoque pas cet effet où je peux remettre à tout instant ma vie en question je ne suis pas en train de lire de la littérature. Avec Kathy Acker, comme avec tous les écrivains que j'adore, je me sens comme ça. Je me sens mal et je continue à lire pour comprendre ce qui se passe. Dans le chapitre où je suis rendue, elle parle de la guerre d'Algérie et je capote. C'était déjà bon, dense et passionnant, en plus elle se met à parler de la guerre. Bien sûr, on pourrait tout expliquer par les liens entre l'oeuvre d'Acker et celle de Genet. Ça serait trop simple et ce serait manquer d'imagination. Si elle s'intéresse aux mêmes thèmes que Genet, ce n'est pas seulement parce qu'elle aime Genet, mais parce que Genet a touché quelque chose d'important, qu'elle tente aussi de comprendre. Cette grande chose si importante, à mon avis, c'est le sujet de ma thèse! Alors je ne peux pas trop en parler, ça demanderait que je sois moi l'universitaire et que j'explique tout pendant plusieurs heures ou pages avec de bons arguments. 

Je suis à ce moment où toute ma vie est portée par l'obsession de ma thèse. Même quand j'essaie d'y échapper, en lisant Kathy Acker par exemple, je suis ramenée vers mon travail. C'est bon signe, ça doit être parce que j'ai vraiment trouvé mon sujet, le mien, celui qui est si intime et si lié à moi que je suis obligée par la vie d'y penser. Je ne crois pas à la séparation entre le travail intellectuel et la vie. Le travail intellectuel n'est jamais en rupture avec la vie. Les universitaires ne le savent pas, l'université désapprend à vivre, comme à penser. L'institution nous réapprend à vivre à sa manière, comme le reste de la société, avec un temps précis pour la fête et une façon précise de faire la fête. Après tout, pour mes contemporains, vivre c'est faire la fête. Pour moi aussi, remarquez, mais on n'a peut-être pas toujours la même fête! En ce moment, la seule chose qui me manque, vraiment la seule, c'est d'avoir plus de temps pour travailler avec Julie. Écrire avec Julie, c'est les moments les plus beaux de mon existence. On vit et on fait la fête dans ces moments-là! Je suis heureuse d'avoir ce temps donné, qu'on me paie, pour que je me consacre à ma thèse et j'aimerais que Julie puisse être là pour partager avec moi tout ce temps et qu'on écrive ensemble. Je sais que ça va arriver un jour. Un jour, nous aurons ce temps. Il faut que je sois plus patiente. J'ai toujours eu hâte d'être encore plus vieille et ça ne change pas d'années en années.

 
 
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06 août 2009 @ 11:38
Après trois jours de vacances à jouer à Fallout 3 intensément, je suis lasse des jeux vidéo. Mon cerveau a été suffisamment amorti. J'ai besoin d'un autre rythme. J'aime les jeux vidéo, mais je ne suis pas une vraie. J'ai un rapport problématique avec les excès d'aliénation. Ce qui est bien! Je désire mon aliénation et ensuite je me retire pour me faire croire que je peux y échapper, contrairement aux autres. Je fais semblant de désirer des vacances, mais en peu de temps, je recherche plus que tout le rythme du travail de l'étudiant. Je suis toujours confrontée au grand dilemme : dois-je lire ou écrire? Je vais aller du côté de l'écriture pour aujourd'hui. J'adore lire, mais honnêtement je suis un peu plus paresseuse. Pas tant que ça quand même! Je n'ai rien d'une personne paresseuse. C'est seulement que j'aime tant écrire, que je me sens tellement en vie en écrivant. Je me sens aussi en vie en lisant, mais ça dépend du livre. Je dois souvent me forcer. Les grandes oeuvres demandent souvent un effort que j'ai toujours souhaité leur donner, même si ça peut être parfois un peu pénible. Souvent aussi je me force pour des oeuvres médiocres, c'est une autre histoire... Ça fait partie de la vie d'une «professionnelle» de la littérature.

J'ai envie de tout écrire en même temps. Je suis en feu. Il faut que je me calme. J'essaie de me concentrer sur un texte à la fois, même si je pourrais passer d'une fenêtre à l'autre. J'ai même plein d'idées pour ma thèse. Ce n'est pas le moment. Je n'ai pas eu les commentaires de mes directeurs sur mon travail. Enfin, je pourrai leur présenter plein de nouveaux trucs que je veux ajouter. Je ne suis pas en peine. Je compte même mettre une quatrième oeuvre dans mon corpus : La douleur de Duras. Je n'arrête pas d'y penser depuis que je l'ai lu. Il y a tellement une parenté forte entre Duras et Arendt. J'ai l'impression que Duras a écrit dans La douleur des pensées sur la guerre à la manière de l'écrivain alors qu'Arendt pense les mêmes choses, mais elle l'écrit comme une philosophe dans Les origines du totalitarisme. Une chose est certaine. Elles sont toutes les deux des femmes radicales et singulières. Ça parait et c'est rare. Leur pensée est donc aussi radicale et singulière. 

Si je décide de lire, je vais continuer The Road. C'est très court. Je lis pourtant lentement. Je vois des images de Fallout 3 en lisant. Décidément il faudrait proposer aux créateurs un add-on de The Road pour Fallout 3. Jouer le roman de McCarthy! Il suffit d'ajouter un enfant avec le personnage principal et les mettre dans le décor post-apocalyptique de Fallout 3. Il faudrait enlever les monstres et ajouter du froid. Ça pourrait faire de grandes scènes de jeu vidéo! C'est une meilleure idée que de faire un film sur le roman. Pas que le film ne peut pas être intéressant, mais un jeu de The Road, ça serait tellement mieux! On devrait adapter plein de grands romans en jeu vidéo. Les concepteurs de jeux ne sont pas assez originaux. Les geeks sont conformistes et incultes. Ils ne peuvent pas penser à ces choses-là! Ça prend un grand cinéaste comme Park Chan-Wook pour brasser les geeks et les sortir de leur confort. Thirst, son dernier film, un Thérèse Raquin avec des vampires, c'était une idée de génie. On devrait proposer à Park Chan-Wook de faire un jeu vidéo. 
 
 
05 août 2009 @ 22:00
 Après une rude partie de soccer ce soir, j'ai envie de me lancer dans un texte triste. Je suis plutôt habile dans la chose, je pourrais en faire ma spécialité! Je gosse avant d'écrire puisque je sais que ça va mal finir. L'autre jour, j'étais toute heureuse à un 5 à 7 avec mes collègues d'université et ma dulcinée. Je filais le parfait bonheur. Une belle journée d'été à boire de la sangria, difficile de faire mieux! Plusieurs femmes enceintes étaient présentes à l'événement. Je commence à avoir l'âge où toutes les femmes sont enceintes autour de nous! Je ne me souviens plus comment le sujet des échographies est arrivé. Après que les échographies eurent été évoquées, une des femmes enceintes a sorti des photos et a commencé à les faire circuler autour de la table. J'étais curieuse d'en voir de près et toute excitée de voir le bébé de ma collègue. Alors que je tenais les photos dans mes mains, j'ai eu un sentiment étrange. Il n'était pas négatif, non, non! J'avais seulement la sensation que j'avais un souvenir lié à une pareille photo. Je me suis dit : « Ah c'est vrai, j'ai déjà assisté à une échographie moi! ». Je me suis sérieusement demandée pendant plusieurs minutes comment j'avais pu voir une échographie. Et puis, je me suis rappelée! La scène est arrivée dans ma tête d'un coup. Ben oui, j'ai déjà vu une échographie! J'oubliais. Avant un avortement, on fait une échographie afin de vérifier quelque chose. La présence véritable du bébé, je suppose, ou l'état de son développement, peut-être. J'ai vu ce qu'on a tué avant qu'il se fasse aspiré. Julie ne pouvait pas voir l'écran. Il ne le montre pas à la femme enceinte. Elle était sous les effets d'une drogue euphorique. Il y a même une photo qui est sortie de la machine. L'infirmière l'a chiffonné et jeté dans une corbeille. Voilà bien la destinée de cet embryon qui a été quelques mois dans le ventre de Julie! Sa photo et lui dans les vidanges. On ne s'échange pas passionnément les photos des embryons passés dans l'aspirateur des médecins. On s'assure seulement de sa présence et ensuite on ne le voit plus. Le médecin joue dans le sang et dans les restes humains dans un lavabo après. Il lui porte attention une dernière fois. La femme avortée ne voit rien de tout ça. Je me demandais pendant toute la manoeuvre ce que je pourrais raconter à Julie. On lui cache presque tout. Et moi, j'ai tout vu. Je n'avais pas de lien de sang, bien sûr, avec son bébé. Je n'ai pas été changé de sexe quand même! Ouf! Je me sentais du début à la fin comme si c'était aussi mon enfant. Ça a été horrible à voir pour moi. On lui a caché quelques manoeuvres, mais c'est quand même elle qui a senti l'aspirateur dans son ventre. Difficile de vivre pire! Je peux tout lui dire. C'est rien en comparaison avec le bruit horrible de l'aspirateur.