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Si je devais prouver que je suis une femme importante, ce que je ne suis pas (oh non, quand même!), je pourrais faire une capture d'écran de l'agenda que j'essaie de tenir. Je pensais passer la semaine à réfléchir à l'organisation de ma thèse et à lire. Je ne peux pas. J'ai plein de rendez-vous. J'ai l'impression d'être vraiment une jeune professionnelle, ce que je deviens par la force des choses. L'université est tellement dirigée par les lois du marché. On peut dire, à ma grande honte et à ma plus profonde tristesse, que les étudiants, enfin les doctorants, d'aujourd'hui sont des jeunes professionnels. Ils ne sont pas à l'orée de cette réalité, ils ont les pieds dedans bien plongés dans la boue et toutes les immondices. Je suis, sans avoir une profession établie, déjà une bourgeoise et une professionnelle. C'est grave! Même la thèse est pensée selon les lois du marché.... Je ne dis pas que j'ai choisi consciemment un sujet que je n'aime pas dans le simple but d'assurer ma réussite. Ça serait bête. Il reste qu'on sait bien que les lois qui prévalent ne sont pas très intellectuelles, ou sinon si peu... Le jeu est de faire semblant que tout est motivé par de grands raisonnements intellectuels. Bien sûr. J'aime me le rappeler, bien que ça ne soit pas le sujet dont on parle tous les jours. Je me plais dans les choses sombres. Je tiens à me redire à quel point les hommes ne sont plus des hommes, à quel point le monde n'est plus un monde. Ça me fait du bien dans un sens. On s'en sort comme on peut. Moi, c'est dans la noirceur. Pour les autres, c'est peut-être plus lumineux. Je ne sais pas. D'une manière ou d'une autre, c'est tout aussi lâche, anyway. « On s'en sort comme on peut » dit bien qu'on perd forcément quelque chose.

