31 octobre 2007 @ 14:52
II m'a toujours semblé que mes prises de parole étaient des catastrophes. Pour cette raison, à un moment de ma courte vie, je suis passée de l'absolue grande gueule à la fille la plus silencieuse du monde. J'ai appris que le silence était bon. Je m'y suis plongée. Il aide à penser, mais il faut sans cesse redouter son confort. Je crois que j'arrive à profiter du silence sans y laisser ma peau. Je parle peu. Alors lorsque je dis quelque chose, je suis poussée par une énergie folle. Ça me plaît, bien sûr. J'aime que tout soit un point culminant. Je peux facilement faire montre d'une certaine vivacité à l'oral. Ça me permet aussi de construire ma pose explosive. Je suis sombre, grave et sérieuse, mais si vive!

De mon point de vue, les choses ne sont pas si plaisantes. Je ne vois que la catastrophe de mes prises de parole. Je ne contrôle pas le volume de ma voix. Je sais que je possède ce défaut qui me gêne tant chez mon père. Plus je m'emporte, plus je parle fort sans m'en rendre réellement compte. Sauf dans l'après-coup. Je suis nerveuse en plus. Je tremble en parlant. J'ai un accent terrible si je dois parler en anglais. Je fais facilement montre de mes faiblesses. Ce qui veut sans doute dire que je suis forte.

J'ai tout pour être un échec social. Or, il n'en est rien. Remplie de toute la fierté du monde, il faudra bien que j'accepte un jour que je suis kick ass à l'oral. Je suis désolée de me monter si impunément sur un pied d'estale dans mon propre journal. L'écrire me le fera sans doute accepter. Je ne dis pas ça parce qu'on m'a fait des compliments. On m'en fait parfois. Je ne crois jamais réellement aux compliments. Je suis très méfiante à l'égard des autres. Je pense constamment qu'on cherche à me coincer. Ce n'est donc pas à partir de flatteries que je me suis mise à croire que j'étais peut-être plus douée que je le croyais à l'oral. Hier, lors d'une prise de parole forcée où je devais présenter un livre de Philippe Muray, j’ai senti qu'il se passait quelque chose dans l'auditoire. Je me rendais bien compte que j'arrivais à soulever quelques passions. J'ai un certain sens de la rhétorique.

***
 
Pour la petite histoire, et parce que ça me fait rire, lorsque j'étais enfant, une enseignante qui avait un peu de mal avec moi et mes écarts de comportement m'avait jumelé avec la fille la plus silencieuse de la classe. Elle se disait que j'allais devoir me taire avec elle. C'est le contraire qui est arrivé. J'ai transformé la fille en monstre. Elle n'arrêtait plus de parler. On avait jamais vu ça chez elle en quatre ans. L'enseignante n'était pas au bout de ses peines. Elle demeurait prise avec moi, la petite fille sérieuse et studieuse trop agitée en classe. Il s'ajoutait, en plus, une fille autrefois timide qui découvrait avec moi les plaisirs de la parole. Ne soyez pas inquiets, l'enseignante en question s'est bien vengée. J'ai eu droit à ma correction.

Il se trouvait qu'elle avait assisté à une bagarre entre mon jeune frère et un autre garçon. Mon frère, le garçon le plus doux du monde, qui est maintenant l'homme le plus doux du monde, a frappé une fois un jeune con qui l'agressait depuis plusieurs mois. Elle était là. Pour m'humilier et pour me faire payer chèrement le prix de l'existence, l'enseignante avait décidé de parler de mon frère dans la classe. Une femme de quarante ans qui attaque une petite fille de huit ans un peu trop passionnée et exubérante, on pense que ça n'arrive pas. Eh bien, non, l'humain est répugnant. Il se trouve en plus que je suis une grande soeur qui a toujours été très fière et protectrice de ses petits frères. Elle ne pouvait pas mieux viser. Sans doute que le fait qu'elle s'en prenne à mon frère de six ans, en faisant montre de la violence sans nom de ma famille, m'a fait plus mal que si elle m'avait directement attaqué. J’ai tellement pleuré en rentrant de l’école. Je suppose que ce jour-là j’ai reçu des années de lucidité d’un coup.
 
 
28 octobre 2007 @ 14:25
« L'idée d'une ascension par progrès continu a suscité depuis les années 1980 de plus en plus d'incrédulité. On ne croit plus du tout au récit chrétien d'une rédemption, à la terre promise des Guarani ou des révolutionnaires. Toute idée d'accomplissement glorieux, de triomphe (par exemple, de la culture), a fortiori de sacrifice n'est plus en phase avec notre temps. Nous vivons dans l'après-déclin des régimes de l'infaillibilité et au lendemain des ivresses religieuses ou esthétiques. Les grands discours politiques paraissent eux aussi avoir vécu. Ils n'ont plus de prise sur la société. Ils subissent une délégitimation croissante, ce qui provoque une crise de la représentation du politique. Le lien social ne cesse pas pour autant de se reformer, mais à travers des expériences plus modestes. Plus éphémères aussi. Il se pourrait bien que dans cette époque sans prédication, sans promesse et sans prophète, la désillusion soit liée au grand et au général. Ce que l'on appelle en Amérique du Nord le « post » (post-historique, post-moderne) revient à exprimer une fin : le fin du grand, du grandiose et du grandiloquent. Certains s'en affligent, d'autres s'en réjouissent. » François Laplantine, De tout petits liens, p. 20.

« Parce qu'une tragédie se produit, et parce que nous avons entendu dire que l'Histoire est tragique, nous sommes persuadés de nous trouver en face d'un événement historique chaque fois qu'arrive une tragédie. Le soupçon ne nous effleure pas que, si l'Histoire est bel et bien tragique, en effet, il est aussi fort possible que la tragédie, désormais, ne soit plus du tout historique. Et que les événements se débrouillent tout seuls. » Philippe Muray, Chers Djihadistes, p. 92.
 
 
19 octobre 2007 @ 10:51
Julie parlait de la musique dans sa dernière entrée, seule valeur de nos contemporains. J'ai lu, ce matin, un passage où Philippe Muray développe solidement la chose:

« En un mot il s'agit, et le plus vite possible, de ne plus rien comprendre à rien, et d'en être non seulement soulagés mais fiers.

Nos valeurs universelles progressent à toute allure et en hurlant à travers la planète, et sur celle-ci nous faisons pleuvoir la manne de droits merveilleux. Mais le silence est exclu du programme. Cette exclusion est la contrepartie des bienfaits que nous dispensons. Il s'agit, à la lettre, de crever le tympan du monde, comme nous détruisons en même temps toutes les frontières, toutes les limites, comme nous illuminons toutes les zones d'ombre, comme nous pourchassons les derniers secrets, les dernières velléités innommées, et démocratisons les dernières peuplades récalcitrantes à coups de transparence et de bombes à dépression. »

Chers djihadistes...
, p. 13-14.
 
 
Musique actuelle: We are wolves - Total magique
 
 
02 juillet 2007 @ 12:27
Je suis une fille de région, née dans la cité des crevettes qui a grandi dans les Appalaches estriennes. V'là pour la question des origines. Ça n'empêche pas que je me sois toujours désignée comme une urbaine. Je suis construite pour la ville. Montréal, c'est à peine assez urbain. À moi, New York! J'ai toujours cru qu'il y avait une authenticité urbaine plus importante qu'ailleurs. Tradionnellement, on se représente la région, la contrée rurale, comme un refuge de pureté et de vérité. Toutes les fois où je suis allée à Matane, mon point d'orgine, je n'ai jamais perçu la vérité, de la transparence et toutes ces belles choses. Au contraire, on se sent seulement à l'extérieur de tout. Il faut attendre à midi pour que les journaux de Montréal arrivent. J'exagère un peu il y a quand même les journaux de Québec le matin autour de 7h ou 8h. Au cinéma de Matane, on présente deux ou trois films par semaine en retard de six mois sur le reste de l'Amérique du Nord. Il n'y a pas de librairie qui vaille le coup. Nous sommes dans un désert culturel où, avant l'arrivée d'Internet, la télévision était le seul horizon. C't'un trou, bref.

À Montréal, le rapport à l'événement est différent. Tout arrive en série. Ça se répéte. L'événement monopolise l'espace de la cité. Il n'y a pas à dire, je peux bien rire de cette histoire des déménagements le premier juillet, je sors de chez moi et ça me saute aux yeux. Je ne peux pas nier l'événement. Il est partout. Les détracteurs de Muray avaient peut-être raison, après tout!!! Tellement que ça rend mes déplacements périlleux. Ce matin, il y avait un autre événement un peu moins connu : le balai sur St-Denis. J'ai marché de l'autobus sur Ontario jusqu'à Maisonneuve. J'ai compté 15 personnes armées d'un balai qui nettoyaient le trottoir. Ils s'étaient donnés le mot peut-être. À 10h30, on nettoye St-Denis! Je ne sais pas. C'est toujours comme ça à Montréal.
 
 
20 mai 2007 @ 14:49
Je travaille sur un texte à propos duquel je ferai une communication dans un colloque jeudi prochain. En relisant certaines citations, je viens de me rendre compte que nous étions le 20 mai. Un bel anniversaire!

Y a pas à dire, on a le sens de la fête, nous les Québécois. On a une grande culture nationale, on a des grands écrivains à ovationner, on a de grandes dates à commémorer. Comme le 20 mai 1980, où tout ce beau grand peuple si chaleureux, si humain, si fier a voté à 60% contre l’indépendance. Comme le 31 octobre 1995, où ce pays si extraordinaire, si reconnu dans le monde, a voté encore et toujours, dans une grande rigueur de pensée, avec cohérence et fierté, contre un destin… On a donc des grands écrivains, qui lancent de beaux grands livres à Paris. 
Catherine Mavrikakis, Ça va aller, p. 86.

J'aime beaucoup ce texte. On s'en doute. Je ne suis pas une plate, moi! Je ne parle que de trucs que j'aime. À ma première lecture, je me disais que ce roman était de la petite rebellion pour plaire à l'institution. Je l'ai relu le livre depuis. Évidement, je ne suis pas choquée par ce texte. Il en faudrait des tonnes d'odieux pour me choquer. Je m'aperçois cependant qu'il est peut-être franchement plus rebelle que je ne le croyais. Pour fuir la rédaction de ma communication, je naviguais sur la toile à la recherche de réactions sur ce livre. Bon, évidemment les gens les plus choqués étaient des monsieurs âgés, des genres de lettrés de la morale et de l'empire du bien. Ils n'en étaient pas moins furieux envers ce livre. Ça m'a suffi pour changer d'idée. Décidemment, nous sommes des attardés au Québec. On n'accepte pas la moindre critique. Pire encore, au Québec, on ne connait pas la critique. Aucun esprit d'analyse, un manque flagrant de perspective. On sera toujours des sans destin. Je suis sombre aujourd'hui.
 
 


[L'humanité] ne l'était certes pas, mais il était encore presque impossible de le savoir parce qu'elle se décorait d'atours en apparence irrésistibles et proposait aux hommes d'en finir dans tous les domaines avec le plus vieux fardeau qui soit, celui de la honte, et de le remplacer par la fierté. Il s'agissait d'un marché de dupes puisque, en guérissant de la honte, l'humanité abandonnait aussi ce qu'il y avait de plus humain en elle. Mais sur le moment un tel renoncement ne pourvait être connu, et c'est seulement à la fin de la farce, donc trop tard, qu'il apparut que la libération de l'humanité était également son assasinat.

Philippe Muray, "Christopher Lasch ou le parti de la vie", dans Exorcismes spirituels III

Il se passe au parti québécois exactement ce que Philippe Muray décrit. Au lieu d'accepter la honte et la défaite, les péquistes la transforment sans gêne en fierté. Ils prennent la loser pour la transformer en sauveur. La perdante du dernier combat devient la grande reine d'aujourd'hui. La mascarade semble plaire aux journalistes. J'aurais admiré le parti québécois s'il avait accepté la honte. Là, je le méprise très sincèrement. Comme l'humanité, ils sont morts.
 
 
25 avril 2007 @ 10:18

J'étais du nombre des fanatiques ce matin à 10h pour profiter de l'ouverture de la Grande bibliothèque. C'est un sacrilège que ladite Bibliothèque nationale soit partiellement fermée certaines journées et qu'elle n'ouvre seulement qu'à 10h le reste du temps. Ouvrez vos portes, merde, il y a des gens qui veulent travailler. Je dois préciser pour ceux qui ne fréquentent pas la bibliothèque la semaine qu'elle est toujours pleine. Aussi grande soit-elle, on se marche sur les pieds à l'intérieur. Le vrai monde, le peuple, ils veulent une bibliothèque. Ça devrait plaire aux populistes, ça ferait plaisir aux lucides (au sens faible du terme)! Dans la brève période de ma vie où j'ai été journaliste (payée pour écrire! je ne sais plus ce que ça veut dire maintenant), j'avais réalisé un reportage sur la fonction sociale de la bibliothèque en ville. Je m'étais tapée toute la documentation gouvernementale sur les bibliothèques. J'avais réalisé plusieurs entrevues, avec la directrice de la bibliothèque de la ville de Sherbrooke, avec le député, etc. J'avais trouvé plusieurs trucs choquants dans le dossier. Je ne parle pas là de la qualité souvent douteuse des collections, mais plutôt du fait que les budgets des bibliothèques soient liés aux sports et loisirs, des heures d'ouverture dérisoires, souvent absurdes, et, à cette époque, des frais d'inscription pour avoir accès à certaines bibliothèques au Québec. La bibliothèque constitue pourtant une solution à bien des problèmes. C'est génial une bibliothèque! Ça fonctionne comme Wikipédia, ça s'autorégule! Tu ouvres les portes, tu laisses à la disposition des gens des livres, journaux, films, disques et autres médias. Ils y viennent, s'installent, s'instruisent, travaillent... Ça ne demande pas de mettre sur pied des programmes sociaux qui ne fonctionnent pas, ni d'envahir l'espace de mille intervenants. Des hordes de bibliothécaires au lieu des masses de travailleurs sociaux, voilà la solution! Dans mon reportage, j'avais rencontré des immigrants qui me parlaient de l'importance de la bibliothèque pour l'apprentissage du français et des assistés sociaux qui m'avaient raconté que la bibliothèque leur permettait de réintégrer le monde. Les politiciens malheureusement sont autant sans envergure que sans imagination.


On réalise l'importance de la bibliothèque seulement en temps de guerre. Je connais le dossier. J'ai fait mon mémoire sur les incendies de livres et de bibliothèques. À la première occasion guerrière, on attaque les bibliothèques. Ça s'est passé de cette façon de tout temps. Même en Irak, même en Afghanistan, l'incendie de la bibliothèque a été un symbole important pour affaiblir l'ennemi. Dans un pays tranquille comme le Canada, où la guerre intérieure est quasi-impossible, on devrait être des modèles en terme de bibliothèques. Nous devrions être les meilleurs dans le domaine. Une bibliothèque, ce n'est pas un lieu de divertissement pour occuper les foules. C'est le lieu le plus important d'une société, la base de tout.

 
 
10 avril 2007 @ 07:48

D'un bonheur unique, ils ont fait une unique catastrophe, pensai-je dans mon fauteuil à oreilles, d'un unanime espoir, une désespérance uniname.
Thomas Bernhard, Des arbres à abattre

Je lisais le vertueux Green Issue de Vanity Fair lorsque je suis tombée sur la campagne de publicité branchée de Diesel : Global Warming Ready. Sur les photos cool (l'adjectif est de mise), des sexy dudes et dudesses se prélassent heureux au sein de la catastrophe. Il n’y a pas à dire ça le réchauffement de la planète, ça touche tout le monde. Il n'y a personne qui résiste à la tentation pendant une journée de neige d'avril de dire : "Ah le criss de réchauffement de la planète". De comité scientifique en comité scientifique, la démonstration serait unanime. Alors que mes contemporains semblent habituellement aveugles aux moindres signes du désastre, il y a là un consensus. Tout le monde sent le désastre en sortant le nez de leur domicile. Personnellement, cette soudaine lecture facile des signes m'effraie. Je commenterai plus longuement bientôt.

 
 
29 mars 2007 @ 12:31

Mon grand-père avait passé en revue devant moi toutes les possibilités de faire s'effondrer le pont. Avec un explosif on peut tout anéantir, à condition qu'on le veuille. En théorie, chaque jour j'anéantis tout, comprends-tu ? disait-il. En théorie il est possible tous les jours et à tout instant désirer d'anéantir tout, de faire effondrer, d'effacer la terre. Cette pensée, il la trouvait grandiose entre toutes. Moi-même je m'appropriai cette pensée et ma vie durant, je joue avec elle. Je tue quand je veux, je fais s'effondrer quand je veux, j'anéantis quand je veux. Mais la théorie est seulement la théorie, disait mon grand-père, après quoi il allumait une pipe.
Thomas Bernhard, Un enfant, p. 25.

Il y a grève cet après-midi dans la militante UQAM. Les universitaires dévoués sortiront danser et chanter pour la gratuité scolaire. Que c'est beau! Évidemment ce serait bien odieux d'écrire que je considère plus important de parler de littérature que de céder aux envies festives. Je suis moi-même une étudiante endettée de plusieurs milliers de dollars. On peut dire que je suis bien consciente des conséquences du débat ! Malgré tout, je ne crois pas à la gratuité scolaire. J'ai justement un cours sur Thomas Bernhard à 14h cet après-midi. Je ne sais pas si les cycles supérieurs sont touchés par la grève. Je le saurai bien vite. Le 11 septembre, jour du grand événement que vous connaissez, j'étais à ma première session à l'université. Au retour de la pause, alors que nous avions tous et toutes vu les images de New York sur les écrans, la professeure secouée avait dit qu'elle ne voyait plus l'intérêt de parler de littérature. Celle-là même qui consacrait sa vie à un écrivain engagé de la fin du 19e siècle pouvait trahir toutes ses croyances comme ça sous le choc de l'émotion. Ça sert à rien d'enseigner la littérature, si tu la laisses tomber là au moment où elle importe. La littérature, en tant que science de l'humain à sa manière, ne fait que ça discuter de l'événement et de l'histoire. Tout est là pour comprendre le monde. Cette journée-là, c'était le moment idéal pour un cours de littérature. L'instant privilégié pour montrer que la littérature en somme, c'est crissement concret! L'anthropologue et historien, Michel de Certeau, l'énonce d'une certaine façon dans La Culture au pluriel : "Le casseur qui frappe la coupole de la calculatrice IBM ou la porte de l'auto procède - mais hors texte - comme l'écrivain travaillant à la destruction du langage" (p. 80). Tout ça pour dire que je ne comprends pas mes collègues étudiants. S'ils croient réellement à leur cause, ils devraient bosser! Publier des textes pour nous convaincre de l'importance de la gratuité scolaire, être sur toutes les tribunes pour défendre leurs idées... Pourquoi, par exemple, les étudiants pro-gratuité qui seront aujourd'hui n'ont pas organisé une grève d'appui à Québec Solidaire qui veut réaliser la gratuité ? Comme l'écrivait Julie, visiblement 60% des Québécois veulent l'augmentation des frais de scolarité, il est temps de songer à des moyens plus sérieux et exigeants qu'une grève.

 

 
 
Au fond ce qui s'est passé hier soir, c'est la victoire de la pensée du "moi mon petit bobo" sans envergure sur des vrais partis d'avenir. Je suis un peu sceptique quant à un parti de gauche comme Québec Solitaire, mais évidemment je voudrais voir n'importe quand Françoise David et Amir Khadir à la tête du gouvernement à la place de Mario Dumont. À la suite d'un vote comme celui-là, le Québec n'a plus rien d'une nation de gauche. C'est bien dommage.

Je le répète : les populistes sont les pires méprisants qui soient. Dumont est un imbécile populiste. Les intellectuels, les soi-disant élitistes, sont généralement à gauche un peu partout dans le monde. C'est tellement ironique. Le peuple, le vrai monde, Monsieur, Madame en personne, se tire une balle dans le pied en votant à droite. Ils pensent qu'ils parlent vrai avec Dumont et c'est faux. Il n'y a pas plus élite niaiseuse que la pensée de l'ADQ. Tout ce que le vrai monde en question est censé haïr. On veut être des Américains. Ce matin, nous le sommes. God Bless Quebec.
 
 
20 mars 2007 @ 08:14

Je suis vraiment tannée du cynisme politique. J'ai hâte que la campagne électorale prenne fin, parce que je suis écoeurée d'entendre les marginaux de salon jouer aux anarchistes en culotte courte. Un livre intéressant à lire par les temps qui courent : La Haine de la démocratie de Jacques Rancière. Dans cette élection provinciale, je sais pour qui voter. Je n'annulerai pas mon vote, je ne voterai pas contre un parti, je ne cocherai pas pour le parti vert par dépit.  J'aime un chef, j'aime un parti! Je crois encore à la démocratie. Peu importe ce qu'on en dit. J'avoue que je suis vraiment dégoûtée par ce cynisme ambiant. Si les gens étaient toujours cyniques, ça serait bien. Mais non! On est cynique seulement quand il est question de politique. Il n'y a que les politiciens qui sont les pires cons. Ce sont les seuls qui méritent des insultes. Et puis, tout le monde se laisse embarquer dans les conneries des journalistes. Ils disent une phrase et tout le monde se la répète. Il me semble qu'on aurait avantage à être aussi critique à l'égard des journalistes qu'à l'égard des politiciens. Sincèrement, j'aime les politiciens. Je trouve seulement que le Québec aurait avantage à avoir un système de représentation proportionnelle. Ça donnerait plus de place aux petits partis. C'est dommage aussi que les politiciens ne parlent jamais de ce qui est le plus important pour une nation à mon avis: la culture. Je n'ai pas vérifié cette année, mais le programme de l'ADQ a toujours été assez effrayant à cet égard. Ça serait bien de discuter de la vision ridicule de la culture selon Mario Dumont. Comme pour le reste, il traite ça avec son gros bon sens de lecteur du Journal du Montréal et d'auditeur de TQS (c'est-à-dire une propension forte à voir des complots partout, une croyance aveugle dans l'idée que la solution la plus simple est toujours la meilleure, un conservatisme terrifiant, un mépris typique de populiste...) . Je voulais que ça soit clair que je ne voterai pour l'ADQ! Voilà. Bonne dernière semaine de campagne électorale.


Hier, j'étais avec des amies de l'université. Nous allions prendre un rendez-vous pour la semaine prochaine. Quand l'une d'elles a proposé le 26 mars, je me suis dit que j'avais quelque chose de prévu à cette date. Hum, ouais, l'élection! Je commence à prendre ça au sérieux quand j'ai l'impression d'avoir un rendez-vous avec l'élection. Ouf!

 
 
29 janvier 2007 @ 07:00
Les populistes sont les pires méprisants qui existent. Sur son blogue, que je prends néanmoins plaisir à lire, Patrick Lagacé, le populiste en chef qui écrit « phoque » pour faire du style, se vantait hier d'avoir dit à la télé « qu’il y a des mots, dans [Le Devoir], [qu'il] ne comprend pas ». Devant la foule complaisante de Guy A., ça devait en prendre du courage pour faire du sarcasme sur ce journal. À chaque fois que j'entends ce genre de commentaire idiot à l'endroit du quotidien soi-disant « intellectuel », je me dis qu'on n'a pas lu le même journal. Je cherche toujours les « grands mots » utilisés par les journalistes du Devoir. Allez sur le site du Devoir, lisez. Ils écrivent tous pareil les journalistes dans Le Devoir ou dans La Presse, c'est la même chose.

Il n'existe pas de toute façon de grands mots qui permettent de passer pour un génie. S'il existe vraiment un terme plus simple et qu'on utilise des mots plus compliqués, on a juste l'air épais en général. Peu importe, le vocabulaire, c'est seulement une question d'habitude. Quand j'étais adolescente, j'aimais beaucoup le hockey et lisais le sport. Il y avait plein de mots que je ne comprenais pas dans les articles de sport autant dans Le Journal de Montréal que dans La Presse. Les journalistes sportifs utilisent par exemple « cerbère » pour désigner un gardien de but. Les journalistes sportifs seraient donc pédants ? Je suis certaine que tous les lecteurs d'articles de hockey ont ajouté le mot à leur vocabulaire depuis longtemps.  On pourrait sortir plein de termes comme ça dans les articles de sport qui pourraient paraître étranges aux yeux des non-initiés.

Quand on parle anglais, ou c'est encore plus évident en allemand, on se met à voir le français comme une langue d'élite. Chaque « grand terme » en français semble porter une marque de snobisme. Il faudra si faire le français est une langue abstraite. Voilà, c'est tout. On dit « échine » en français, par exemple, ils disent « backbone » en anglais. Évidemment que le terme anglais se comprend plus aisément, il est concret! Ce n'est pas une question de snobisme, notre langue est faite ainsi.

***

Dans un autre ordre d'idées, la saison trois des Chick'N Swell sort demain.
 
 
26 janvier 2007 @ 12:53
Alors que ma dulcinée corrigeait hier des textes, elle m'a lu une affirmation toujours un peu amusante : « Céline, un écrivain sans précédent ». Muray aurait dit que c'est le propre d'homo festivus de s'ériger en fondateur de tout et de faire table rase du passé de la sorte. Pas que Céline ne soit pas un grand écrivain, un écrivain incontournable du vingtième siècle. Ce n'est pas Muray qui voudrait remettre en question l'importance de Céline, ni même Julie qui sera officiellement « maître » de l'oeuvre de l'écrivain bientôt. Une affirmation comme « Céline, un écrivain sans précédent » témoigne seulement d'un manque incroyable de perspective. Je commençais précisément la même journée à lire : Pourquoi la fiction ? de Jean-Marie Schaeffer. Le livre à ma grande surprise s'entame sur Lara Croft. Il cite un extrait d'un quotidien qui écrit au sujet de l'héroïne qu'une star virtuelle est née. Sans entrer dans une argumentation qui consisterait uniquement à dire que tout existe déjà dans la littérature, il montre rapidement que le personnage virtuel de Lara Croft n'a pas une existence si distincte des personnages fictifs littéraires ou cinématographiques. Ça semble être un mal qui sévit le manque de distance.

L'autre matin, j'étais dans un café pour déjeuner. J'aurais bien pu lire le journal comme il m'arrive de le faire assez souvent. J'ai plutôt lu Principes fondamentaux de stratégie militaire de Carl von Clausewitz. Un livre qui vraiment ne pouvait me servir à rien et pourtant, je crois que ce fut plus instructif. Les journaux ne disent pas grand chose de toute façon. Ça permet de connaître un peu l'air du temps et puis c'est tout. Les grands événements sont rares. Il n'est pas nécessaire de suivre à tous les jours les médias pour les connaître. Ils iront rapidement au-delà des bilans quotidiens. J'ai écrit rapidement dans une entrée cette semaine que les journalistes étaient souvent des enculeurs de mouche de la rigueur. L'idée vient un peu de là. Quand j'entends les analyses des journalistes, ils sont rares ceux qui semblent avoir un peu de distance et de perspective. J'ai parfois l'impression qu'ils ne lisent jamais de livres plus vieux qu'un an. Et forcément, ça paraît. L'analyse y perd. Ils auront beau lire tous les médias du monde avec la plus grande rigueur. Pour réfléchir, il faut savoir, et pouvoir, s'extraire. Ce n'est pas optionnel.
 
 
24 janvier 2007 @ 06:58

Je ne sais pas si ça vous arrive aussi mais des fois je me rends compte qu'un petit truc explique toutes mes frustrations actuelles. Par les temps qui courent, c'est la rigueur mal placée qui me sidère. C'est bien joli d'être rigoureux, mais encore faut-il que ça soit cohérent et que ça soit un tant soit peu important. La rigueur, d'abord, est un sens de l'exactitude. Il s'agit d'appliquer à un contexte une précision à toutes épreuves et une certaine sévérité. Vous voyez, pas besoin de chercher dans le Robert, ou le Bob pour les intimes, j'ai fait la recherche pour vous. Je ne citerai toutefois pas le merveilleux dictionnaire. Heureusement, une professeure de philosophie au Cegep, avec une rigueur intellectuelle bien placée, nous disait d'arrêter de citer le dictionnaire dans nos textes. Un auteur peut bien endosser ses propres définitions. La rigueur mal placée sévit autour de moi donc. Pour faire une illustration de ces phénomènes de rigueur d'agité du bocal, j'utiliserai un peu de théorie littéraire, après tout ça ne sert pas seulement expliquer la littérature, ça explique aussi la vie. Ce n'est pas ennuyant du tout la théorie et ce n'est pas qu'académique. À mon avis, c'est organique! Micheal Riffaterre, dans La Production du texte, reprend certaines théories en linguistique qui décrivent la communication comme un acte qui implique cinq composantes : un auteur, un message, un destinataire (décodeur), un code (la langue) et un contexte (la réalité). Dans la littérature, il n'y a que deux composantes essentielles : un texte (message) et un lecteur (décodeur). Si les trois autres composantes interviennent, elles peuvent être cependant complètement transgressées et elles dépendent autant du texte que de son lecteur. La réalité ne possède plus les mêmes règles dans le registre de l'imaginaire, la langue peut être réinventée et l'auteur, on s'en fiche. La rigueur d'enculeur de mouches consiste alors à expliquer le texte uniquement par rapport au réel et/ou à son auteur. Un exemple classique: le film The Name of Rose. Tout le monde dit au sujet de ce film: « Oh, quelle belle précision historique! ». Ça peut amuser les historiens et les amateurs d'histoire, mais du point de vue cinématographique, la rigueur historique, on s'en fiche, à moins de vouloir faire un film éducatif. Il serait plus intéressant de savoir si les procédés qui régissent le récit sont bien menés que de démontrer la précision historique du film. Dans la littérature lorsqu'on dit que tel auteur a écrit un bon roman sur la Deuxième Guerre mondiale parce qu'il a vécu cette guerre, c'est de la rigueur mal placée. On s'en fiche de son vécu. On aura beau connaître tous les détails de la vie du dit auteur. Ça ne sert strictement à rien, sinon à enculer des mouches.


***

Le divertissement du jour: Violente dispute autour d'une poutine. Les journalistes sont les rois de la rigueur mal placée.

 
 
23 janvier 2007 @ 21:18

Vous me direz que je ne connais rien à la politique française. Oui, en effet! Qu'on s'y intéresse ou non, Ségolène Royal est un phénomène médiatique dans notre lointain Québec. Les journalistes canadiens aiment parler d'elle et puis depuis qu'elle a plus ou moins appuyé le projet de souveraineté du Québec devant André Boisclair, elle a réellement traversé l'Atlantique. Je commence à en connaître beaucoup sur cette femme puisque je surveille pas mal les médias ces derniers temps. J'écoute les journalistes, mais je ne peux me défaire de mon idée première à son sujet. Je sais qu'elle existe et pourtant elle demeure dans mon esprit une entité fictive. Ségolène Royal est un personnage littéraire livré avec brio par Philippe Muray. En errant sur des blogues, je suis tombée sur un texte de Muray: « Le sourire à visage humain ». C'est plus croustillant encore que le portrait que Barthes avait écrit de Greta Garbo. C'est dire!

 
 
04 janvier 2007 @ 14:39

Ce matin, j'ai décidé de suivre Julie à l'épicerie. Elle me proposait d'y aller seule. Dans un moment d'enthousiasme inusité, j'avais envie de m'y rendre aussi. Nous n'étions pas allées depuis six mois! Nous allons toujours à notre fruiterie de quartier et évitons le plus que possible la grande surface. Je me suis rappelée rapidement pourquoi. Ça me tue l'épicerie. Il y a comme un climat lourd dans les magasins trop grands. J'ai mal à la tête en posant le pied dans le magasin. L'épicerie était remplie en plus. On est pourtant bien obligé d'y aller, mais il me semble qu'à chaque fois que je vais à l'épicerie, je me rends compte qu'elle conduit à l'annihilation de la condition humaine. (Vous trouvez que j'exagère! Ah, si peu... j'exagère à peine, comme toujours.) Je me sens tellement aliénée à l'épicerie. Il y a toujours trop de gens (même un jeudi matin), trop de produits... Ça met en échec le déploiement de la pensée. À chaque fois que je m'y rends, je me dis que je vais commencer à commander la nourriture sur Internet et que je vais passer par la fruiterie pour prendre les fruits et les légumes.

Je suis en faveur de toutes formes de commandes sur Internet. Je suis pour l'éradication complète du téléphone. Nous avons commandé pour la première fois un truc sur Ikea. Ils semblent éprouver des difficultés avec l'implantation d'Internet. C'est une commande par Internet, mais il faut faire la transaction par téléphone!! Donc ce n'est pas une commande par Internet. Ils se bornent pourtant à l'appeler ainsi.

 
 
29 octobre 2006 @ 12:58
Dans le journal récemment, dans La Presse plus exactement, il y avait une lettre ouverte d'une femme amoureuse d'un homme handicapé physique. Elle réclamait un défilé de la fierté pour les couples comme le sien. Un jour, tout le monde aura droit à sa journée de fierté. Il faudrait dès maintenant organiser des journées officielles pour la fierté collective. Elle dénoncait aussi les regards des gens dans la rue. Je ne crois pas que le regard constitue en soi une preuve de rejet ou de dégoût. Une chose est certaine, les passants ne sont pas indifférents s'ils regardent de biais. Je dévisage souvent des couples de femmes dans la rue, dans un lieu public ou dans le métro. Je ne m'en apperçois pas sur le coup. Je suis tellement heureuse de les voir que je les regarde croche. Ce n'est certainement pas parce que je les trouve scandaleuses. Lorsque nous avons croisé la rebelle en chef - connue aussi sous le nom d'empoissoneuse dans les écrits de Julie - l'autre jour sur St-Denis, je l'ai dévisagé. Elle s'en est rendu compte. Elle me regardait dans les yeux. Sur le coup, je ne l'avais pas reconnue. Instinctivement, oui, mais en y réfléchissant, je ne croyais plus qu'il s'agissait bien d'elle. Il faut dire que de la voir avec sa progéniture et un homme était si étrange qu'on pouvait ne pas la reconnaître.

Personnellement, je pratique le couple invisible depuis des années. Nous avons déjà été courageuses. Nous nous embrassions en public, marchions souvent main dans la main. Les insultes, les commentaires dégradants, les marques de violence sont venus à bout de notre ténacité. Nous avons connu bien pire que des regards. Toutes les histoires de lesbiennes agressées, dont une sur le bien heureux plateau mont-royal, ça suffit pour enlever ce qu'il reste de courage. Dans notre quartier ou dans tous les endroits que l'on fréquente régulièrement, tous les inconnus pensent que nous sommes des soeurs. Il y a bien longtemps que nous avons eu l'air d'un couple. Je ne sais même plus c'est quoi. Tantôt Julie m'a fait remarqué qu'avec son ex ils marchaient toujours main dans la main. J'avais l'air d'un couple aussi avec André. C'est tellement cruel de comparer. Bien oui, nous sommes lâches! Depuis longtemps en plus. C'est si injuste en plus. Dans un cours d'Homosexualité et société à l'université, la professeure montrait des statistiques au sujet des couples homosexuels. Évidemment que ce genre de tensions qui n'existent pas dans un couple hétéro favorisent les ruptures.

Je sais pourquoi nous nous sommes rendues là. Je suis pourtant prête pour les insultes. J'ai toujours été capable de prendre n'importe quelle insulte. Quand je publiais régulièrement des textes dans une revue, j'ai reçu plusieurs lettres. Bien plus d'insultes que de compliments. J'ai pourtant encore le courage d'écrire. Je dois même avouer que les insultes m'encouragent plus à écrire que les compliments. J'ai l'impression d'avoir touché quelque chose que je dois développer davantage. Ça donne le goût d'écrire de meilleurs textes, de travailler. Je me demande ça sert à quoi de vivre en lâches. Si je ne suis pas capable d'affronter les conneries des ignares dans la rue, je ne mérite sincèrement pas de continuer à vivre. Ma mère a une expression particulièrement cruelle (le sens de la cruauté se transmet de mère en fille) pour décrire les gens mous: guénille. J'incarne moi-même la guénille par ma lâcheté. Pas moyen de tomber plus bas pour moi.
 
 
28 octobre 2006 @ 09:59
Allez un peu d'interactivité dans mon journal (une blague de base de données)! Je poursuis un commentaire entamé par Julie ce matin. Je lis ces jours-ci des comics strips de geek hardcore. Je ne suis plus capable de voir la moindre référence à l'expression "no life"! Comme Julie l'écrit, quelle idée reçue! Les geeks eux-mêmes ne veulent pas s'en défaire. Ça montre bien la puissance de l'idéologie. Dans un cours à l'université, une professeure parlait du sens du mot "idéologie". Je crois qu'elle avait passé deux cours de trois heures extrêmement passionnants à expliquer le sens du terme. Il s'agit sans doute de six heures très importantes dans ma vie. Elle disait, entres autres, qu'on n'adère pas à l'idéologie, qu'elle se transmet. Impossible de dire donc que nous n'avons pas d'idéologies. C'est comme les tabous, c'est comme le jugement, il n'y pas moyen d'y échapper. Nous véhiculons tous, peu importe ce que nous pouvons affirmer, des idéologies et des tabous. Nous jugeons tous les autres. Ce sont des lois de la nature et non une question de choix. L'aspect "no life" des jeux vidéo est sans doute une des plus puissantes idéologies de notre époque à propos de cette activité. Je ne crois sincèrement pas qu'un joueur qui passe tout son temps sur un jeu online ne connaît rien à la vie. Il a des contacts humains tout aussi concrets dans le monde virtuel. Les joueurs online éprouvent et partagent ensemble la jalousie, la méchanceté, la complicité, la trahison, le conflit, la déception, l'admiration... Même la sexualité, il y a moyen de l'expérimenter. C'est totalement réel, c'est totalement concret. On ne peut pas voir ça comme une fuite. Des gens qui passent leur vie devant la télévision, c'est une fuite. Devant un jeu vidéo, non. Certains jeux sont réellement exigeants intellectuellement. Les joueurs motivés qui dirigent des guildes à WoW ou à Guild Wars sont des fous! Ils sont des gestionnaires et travaillent comme des forcenés pour rien, sauf pour une petite reconnaissance dans le jeu. Certaines guildes écrivent des procès-verbaux des réunions tellement la gestion des groupes est complexe. Je ne vois pas dans les circonstances de quelle manière on pourrait décrire l'activité en terme de fuite. Les jeux vidéo online c'est de la pure dépense sans profit. Les joueurs online purs et durs, sans les éléver en grands rebelles, sont quand même les seuls à se mettre en porte-à-faux de la valeur principale de notre société: la réussite professionnelle.
 
 
Musique actuelle: The Clash - Should I Stay or Go Now
 
 
Il s'en passe des choses dans la série télé quotidienne que je m'amuse à suivre. Je parlerai donc de Loft Story. Même si je m'étais promis de ne pas être au rendez-vous avec mon écran dimanche soir dernier, j'ai écouté la fameuse émission spéciale. L'insignifiante en chef, c'est-à-dire la psychologue, a été d'une violence inouïe. Je peux dire des commentaires peu flatteurs à propos des lofteurs. Mais une violence si pure, j'avoue que ça dépasse ma propre capacité. Elle décrivait les deux scènes de baise sous les couvertures de la semaine. Accusant le protagoniste féminin de ces joutes secrètes d'être narcissique, elle disait que la lofteuse s'était livrée à son narcissisme génital. C'était une condamnation en bonne et due forme d'une sexualité féminine pourtant très saine. Elle ne faisait aucun commentaire au sujet de l'homme de l'affaire. Bien sûr, ce dernier peut bien baiser, s'il le désire. La femme, par contre, elle est la salope de l'histoire, l'égocentrique obnubilée par son plaisir génital. La scène s'est répétée au cours de la semaine. Les lofteurs, qui n'ont pas entendu les commentaires de la psychologue, ont envoyé la seule lofteuse qui a réussit à se mettre au banc des accusés. Sous la forme d'un procès, elle devait expliquer devant les autres la nature de sa relation avec l'homme. Évidement, l'amant lui n'avait pas à répondre. On pourrait dire que ça rend vachement féministe que de constater de telles violences. J'ai choisi de prendre mon exemple à la télé mais la condamnation de la sexualité féminine est une affaire de société. Force est pourtant d'admettre que ces violences viennent d'abord et avant tout des femmes. Il existe une entité polymorphe, nommée la coalition des frustrées, qui ne se gêne pour envahir les espaces de leur violence contre la sexualité des autres femmes. Au point où ça donne envie de transformer la grande citation de Voyage au bout de la nuit: " La grande défaite, en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les femmes sont vaches". Allez vous mettre, plusieurs hommes n'attendent que ça, et laissez les autres en paix.
 
 
Des écrivains et libraires irakiens ont dressé vendredi un bûcher de livres pour dénoncer un couvre-feu hebdomadaire qui a transformé, selon eux, le centre de la vie intellectuelle à Bagdad en une rue fantôme, rapporte un journaliste de l'AFP.

Une dizaine d'intellectuels en colère ont entassé des livres avant d'y mettre le feu au cours d'une manifestation baptisée «Les feux d'al-Moutanabi», du nom de la rue où elle s'est déroulée, considérée comme le centre de la vie littéraire dans la capitale irakienne.


Source: Agence France-Presse, 1 septembre 2006, Bagdad.

C'est ben l'boutte d'la marde!