Je peux concevoir que les jeux vidéo puissent devenir un jour un art. Je veux dire un art au sens fort du terme : une oeuvre d'art. J'ai eu cette réflexion en jouant à Manhunt 2 l'autre soir. Je ne suis pas gênée parce qu'il n'y a pas un seul auteur. Le cinéma est bien un travail d'équipe, il n'est pas moins un art que les autres. Je n'ai pas lu toute la polémique qui entoure la sortie de Manhunt 2. J'avoue avoir lu quelques textes sur Kotaku et dans d'autres blogues de jeux vidéo. Je me rappelle que devant les événements entourant la sortie contreversée de Manhunt 2 un individu louche avait comparé la censure d'une toile de Picasso, de Guernica si ma mémoire est bonne, aux attaques faites au jeu. Il y a des gens qui ont le sens de la mesure! En jouant à Manhunt 2, je puis vous assurer que nous sommes loin, très loin d'une oeuvre d'art! Il faudra repasser d'ailleurs pour la transgression. Il n'y a pas plus conservateur que Manhunt 2. En terme de jeu provoquant, nous avons vu mieux. Je considère que Katamari Damacy est près de l'oeuvre d'art. Je me suis souvent promise d'écire un texte où j'expliquerais pourquoi. Il faudrait que je m'y mettre. Si j'avais un XBox360 (chose qui pourrait arriver dans quelques mois), je dirais peut-être que Oblivion est une oeuvre d'art. Ça reste à voir.
Je ne suis pas très avancée dans Manhunt 2, mais je viens de franchir le creux du jeu. L'endroit où les créateurs devaient faire preuve d'imagination et nous ont mis un pas très heureux flash-back. L'intensité est tombée d'un coup. Je dois donc déplacer un personnage du passé de l'autre dont je me câlisse. Il y a des hélicoptères qui me tirent dessus et des mecs. Je suis sans arme et je tente d'y échapper. On est loin de l'ambiance psychologique et effrayante du début du jeu. Dans Indigo Prophecy, un jeu audacieux et prometteur qui n'a pas rempli ses promesses, il y avait aussi un flash-back pénible doublé d'une histoire d'armée environ au même moment du jeu. J'ai tourné le dos complètement à mon PSP, ou plus précisément à Manhunt 2, pour replonger plus profondément dans Silent Hill : Origins. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais au moins ça tient la route. Il n'y a pas de décrochage dans Silent Hill.
La rupture de ton de Manhunt 2 n'est pas la source de l'échec du jeu. La rupture de ton est une chose bien en général dans l'art. Si Manhunt 2 est seulement un jeu vidéo très ordinaire, c'est qu'il manque complètement d'audace. Il a le front en plus de se présenter comme le nec plus ultra de la violence. Ouais, c'est violent genre. Dans l'écran, il se déroule des choses pas trop belles. Mais bon les digital natives comme moi, nous en avons vu d'autres! Une violence qui n'est qu'une représentation plus ou moins intéressante au niveau visuel ne constitue pas réellement une violence pour moi. Les effets de caméra ne sont pas dignes d'un siècle de prouesses cinématographiques. Les images sont mal travaillées. En plus, il n'y a pas d'enjeu éthique lorsque mon personnage de Manhunt 2 pousse un homme inconnu dans le bol de toilette pour l'assassiner. Le personnage principal est un être sans jugement avec une psychologie très sommaire, voire complètement idiote. Il n'arrive pas à la cheville de la complexité de l'être humain. Je suis souvent dégoûtée devant les meurtres de Manhunt 2. Je ne suis pas insensible. Il m'est même arrivé de pousser des exclamations de dégoûts, parce que ça peut être vraiment odieux. Au-delà de ça, le jeu demeure complètement inoffensif. Il ne représente pas d'une manière quelconque la société contemporaine, il ne remet pas en question l'ordre du monde. Manhunt 2, c'est du chromo, c'est mauvais et prétentieux.





