J'avais cette semaine trois journées d'étude en ligne : mercredi, jeudi et vendredi. C'était chouette, bien sûr. Je ne suis certainement pas de la race des universitaires blasés qui colportent, bien détachés de tout, que les colloques sont plates. Certains disent même parfois s'endormir au milieu de leur propre communication. Il y a des gens comme ça qui en plus de s'ennuyer eux-mêmes veulent emmerder la planète avec ça. J'étais épuisée samedi, mais d'un épuisement bien agréable. Dimanche matin, la déprime succède au ravissement. Je suis habituée. Les choses sont toujours comme ça. Je crains soudain le vide. J'ai peur de ne plus être assez occupée, j'ai peur de perdre l'envie un jour. Évidemment, c'est insensé. Je savais qu'il m'arriverait ce down. J'aurais dû prévoir le coup et lire dès le matin afin de palier au vide par un autre ravissement. Je ne l'ai pas fait. J'ai joué un peu au Psp à des jeux ennuyants. J'ai gossé ensuite pour updater le firmware de mon Psp. J'ai tout fait pour laisser la déprime me prendre complètement. Elle est inévitable, alors allons-y. Il faut la prendre à bras-le-corps et attendre le prochain ravissement. Il n'a pas eu lieu dans mes activités du jour. J'ai lu le roman médiocre que nous allons analyser dans un de mes cours cette semaine. J'en suis au plus bas. Il y a de quoi! Après un livre aussi moche...
La vie d'étudiante au deuxième et troisième cycle manque parfois d'intensité. Avec cinq cours au premier cycle, c'est toujours exaltant. Le rythme de lecture et d'écriture est toujours bon, sinon on n'y arrive pas. Après le bac, il y a des vides trop grands. Ça laisse de la place pour les remises en question. Je suis une sale carriériste, prétentieuse en plus, alors tout se passe assez bien à ce niveau-là. Je ne remets pas en question mes désirs. Je remets bien plus souvent mes capacités. Je me méfie de mon assurance. Je sais que je dois être angoissé pour faire des choses intéressantes. Les cours sont stimulants, mais ils sont trop rares. Heureusement que j'assiste au cours sur Adorno, j'ai un horaire assez chargé avant le vide. Je n'ai pas hâte que ma scolarité soit terminée, puisque cette fois ça sera vraiment terminé. On passe dans une autre vie, ce n'est plus vraiment être étudiant. Ce n'est pas complètement vrai. J'ai souvent maudis de façon indécente le fait d'avoir 25 ans. C'est absurde, je suppose, puisque après je vais regretter cette jeunesse glorieuse. Je m'en fiche un peu, puisque sincèrement j'ai hâte d'être plus vieille. Je me battrai alors pour des trucs plus importants.
Je voulais donc parler des trois journées d'étude. Elles n'étaient pas de même intensité. J'ai parfois retenu ma colère devant certains propos ou méthodes. Je tente de départager les bons combats des combats vains. Je me laisse emporter régulièrement, voire tout le temps. Je suis plutôt introvertie, ça paraît quand je veux et je ne veux pas souvent. Après les trois interventions les plus passionnantes que j'ai vues, je n'ai rien dit. Je ne suis pas encore très à l'aise avec les réactions immédiates. Il ne faudrait pas se méprendre, j'aime parler, ce n'est pas ça. J'ai besoin de me retirer et de réfléchir. Je ne pense pas vite. L'écriture permet de dire moins de bêtises, de bien construire ses effets. Il y a une de ces interventions qui m'a particulièrement marquée. Je m'y attendais un peu, même si le titre de la communication me semblait trop quétaine, trop féminin. Je savais qu'il se produirait pareil ravissement. J'aurais peut-être pu parler si je n'avais pas été d'accord point par point avec ce qui a été dit. Ce n'est pas fréquent d'être d'accord d'un bout à l'autre. C'était le cas, enfin sur le coup! Je ne pense pas vite, je vous l'ai dit. Je peux penser vite pour des choses pas importantes. Dans les examens à l'école, par exemple, j'étais toujours la première à remettre ma copie. Quand c'est plus important, quand il s'agit de littérature, il faut penser plus longtemps. Je n'ai pas envie de dire trop de connerie.
Après cette intervention, la foule était ravie. La personne qui parlait est particulièrement douée pour aller se chercher des fans. Elle donne tout. C'est tellement rare que tout le monde s'excite. Parfois, je me demandais si ses fans - dont je ne fais pas partie, vous vous en doutez - comprennent vraiment ce qu'elle dit. Cette semaine, ses propos étaient particulièrement terribles. Plus elle est brutale, plus elle plait à son auditoire en délire. Je crois que j'étais d'accord avec ses propos aussi violents qu'ils étaient. Si les gens l'acceptent, c'est parce que l'homo festivus ne veut plus voir de différence entre la violence et la fête. Plus elle cherche à être trouble-fête, plus elle produit elle-même la fête. C'est le paradoxe de notre époque. Elle parle énergiquement, que sa vitalité soit négative ou non, ça ressemble au mouvement de la fête. Je n'ai rien dit, et même si je pensais plus vite, il n'y avait rien à dire. Il y a des propos comme ceux-là qui méritent le silence. Quand on parle, on n'a rien compris.
Ce matin, dans un moment de déprime, je m'en suis pathétiquement pris à ma sensibilité. C'est bête, je sais. Je ne suis pas à l'épreuve des âneries. Demain est un autre jour, un congé férié, en plus! Je vais me consacrer à la lecture mur à mur. La seule ombre au tableau sera Loft Story, et peut-être Bazzo.tv dans un autre ordre d'idée. Je me suis laissée prendre au Loft pour une deuxième année. Il y a peu de chose qui me font rire comme le Loft. Il fallait voir les « rejetés » qui pleuraient dans une scène de torture psychologique hier soir. Un grand esprit, Françis de son petit nom, a dit à ceux qui avaient manqué le « déluge » qu'ils étaient passés à côté d'une grande expérience de vie. Quelle souffrance pour nos amis lofteurs! Ouf! Je ne ris pas de leur « souffrance » bien relative, je ne ris pas d'eux ou presque pas, mais plutôt du montage, de la narration de Loft Story toujours parfaitement trash.