01 novembre 2007 @ 10:43
Je me sens en manque de sensations fortes. C'est difficile. Je comprends très bien ce qu'il m'arrive. J'ai toujours périodiquement besoin de grandes exaltations. Même lorsque la plus vive impulsion me passe dans le corps, je ne la considère pas. Je suis en mal de sensations fortes, parce que c'est comme ça, parce que j'accueille la déprime passagère. J'ai depuis longtemps décidé que je serais mon propre psychologue, que je n'avais pas besoin d'exposer mes états d'âme. Je crois que par sa propre analyse, sans référence à la psychanalyse, on peut arriver à résoudre n'importe quoi. Je sais donc que ce matin je dois faire avec. Je suis déprimée sans raison comme à l'habitude. Je ne dois pas m'en faire, toutes ces choses sont bien éphémères, je serai heureuse dans quelques minutes, dans quelques heures.

Le Ring hier soir fut une surprise. Le film tourné depuis notre chère rue Aylwin est crissement bon! C'était assez brillant pour me donner une charge impressionnante d'exaltation. Julie nous a acheté tantôt des billets pour Othello de Denis Marleau samedi soir à l'Usine C. Ça devrait suffire en termes de décharges explosives. Et pourtant, non, je demeure profondément sombre ce matin. Même l'agitation charmante de Ferdinand, notre monstre félin, n'arrive pas à me tirer de l'amertume. Dans ces moments-là, je suis de mauvaise foi, absente à tout. Le monde s'écroulerait devant moi et je ne penserais qu'à ma petite déprime sans importance. C'est bien de comprendre à quel point les pensées sombres ne sont pas en relation étroite avec la vie. Ça aide à s'en défaire que de le savoir.

On gagne en bout de ligne en passant par la déprime. Se laisser envahir par tout, même par les pensées destinées à nous mettre en péril, c'est sans doute la seule façon d'être un esprit libre. On ne dit pas assez ces trucs-là. On préfère écrire des Secrets qui disent aux gens de fermer les yeux devant le malheur et de penser positif. Je suis persuadée qu'on échappe aux anti-dépresseurs et à bien des maux de la société en étant attentif aux mouvements naturels du corps et à son besoin, lourd et pénible, d'être déprimé.
 
 
Musique actuelle: Dj Champion - No heaven
 
 
31 octobre 2007 @ 14:52
II m'a toujours semblé que mes prises de parole étaient des catastrophes. Pour cette raison, à un moment de ma courte vie, je suis passée de l'absolue grande gueule à la fille la plus silencieuse du monde. J'ai appris que le silence était bon. Je m'y suis plongée. Il aide à penser, mais il faut sans cesse redouter son confort. Je crois que j'arrive à profiter du silence sans y laisser ma peau. Je parle peu. Alors lorsque je dis quelque chose, je suis poussée par une énergie folle. Ça me plaît, bien sûr. J'aime que tout soit un point culminant. Je peux facilement faire montre d'une certaine vivacité à l'oral. Ça me permet aussi de construire ma pose explosive. Je suis sombre, grave et sérieuse, mais si vive!

De mon point de vue, les choses ne sont pas si plaisantes. Je ne vois que la catastrophe de mes prises de parole. Je ne contrôle pas le volume de ma voix. Je sais que je possède ce défaut qui me gêne tant chez mon père. Plus je m'emporte, plus je parle fort sans m'en rendre réellement compte. Sauf dans l'après-coup. Je suis nerveuse en plus. Je tremble en parlant. J'ai un accent terrible si je dois parler en anglais. Je fais facilement montre de mes faiblesses. Ce qui veut sans doute dire que je suis forte.

J'ai tout pour être un échec social. Or, il n'en est rien. Remplie de toute la fierté du monde, il faudra bien que j'accepte un jour que je suis kick ass à l'oral. Je suis désolée de me monter si impunément sur un pied d'estale dans mon propre journal. L'écrire me le fera sans doute accepter. Je ne dis pas ça parce qu'on m'a fait des compliments. On m'en fait parfois. Je ne crois jamais réellement aux compliments. Je suis très méfiante à l'égard des autres. Je pense constamment qu'on cherche à me coincer. Ce n'est donc pas à partir de flatteries que je me suis mise à croire que j'étais peut-être plus douée que je le croyais à l'oral. Hier, lors d'une prise de parole forcée où je devais présenter un livre de Philippe Muray, j’ai senti qu'il se passait quelque chose dans l'auditoire. Je me rendais bien compte que j'arrivais à soulever quelques passions. J'ai un certain sens de la rhétorique.

***
 
Pour la petite histoire, et parce que ça me fait rire, lorsque j'étais enfant, une enseignante qui avait un peu de mal avec moi et mes écarts de comportement m'avait jumelé avec la fille la plus silencieuse de la classe. Elle se disait que j'allais devoir me taire avec elle. C'est le contraire qui est arrivé. J'ai transformé la fille en monstre. Elle n'arrêtait plus de parler. On avait jamais vu ça chez elle en quatre ans. L'enseignante n'était pas au bout de ses peines. Elle demeurait prise avec moi, la petite fille sérieuse et studieuse trop agitée en classe. Il s'ajoutait, en plus, une fille autrefois timide qui découvrait avec moi les plaisirs de la parole. Ne soyez pas inquiets, l'enseignante en question s'est bien vengée. J'ai eu droit à ma correction.

Il se trouvait qu'elle avait assisté à une bagarre entre mon jeune frère et un autre garçon. Mon frère, le garçon le plus doux du monde, qui est maintenant l'homme le plus doux du monde, a frappé une fois un jeune con qui l'agressait depuis plusieurs mois. Elle était là. Pour m'humilier et pour me faire payer chèrement le prix de l'existence, l'enseignante avait décidé de parler de mon frère dans la classe. Une femme de quarante ans qui attaque une petite fille de huit ans un peu trop passionnée et exubérante, on pense que ça n'arrive pas. Eh bien, non, l'humain est répugnant. Il se trouve en plus que je suis une grande soeur qui a toujours été très fière et protectrice de ses petits frères. Elle ne pouvait pas mieux viser. Sans doute que le fait qu'elle s'en prenne à mon frère de six ans, en faisant montre de la violence sans nom de ma famille, m'a fait plus mal que si elle m'avait directement attaqué. J’ai tellement pleuré en rentrant de l’école. Je suppose que ce jour-là j’ai reçu des années de lucidité d’un coup.
 
 
07 octobre 2007 @ 19:11
J'avais cette semaine trois journées d'étude en ligne : mercredi, jeudi et vendredi. C'était chouette, bien sûr. Je ne suis certainement pas de la race des universitaires blasés qui colportent, bien détachés de tout, que les colloques sont plates. Certains disent même parfois s'endormir au milieu de leur propre communication. Il y a des gens comme ça qui en plus de s'ennuyer eux-mêmes veulent emmerder la planète avec ça. J'étais épuisée samedi, mais d'un épuisement bien agréable. Dimanche matin, la déprime succède au ravissement. Je suis habituée. Les choses sont toujours comme ça. Je crains soudain le vide. J'ai peur de ne plus être assez occupée, j'ai peur de perdre l'envie un jour. Évidemment, c'est insensé. Je savais qu'il m'arriverait ce down. J'aurais dû prévoir le coup et lire dès le matin afin de palier au vide par un autre ravissement. Je ne l'ai pas fait. J'ai joué un peu au Psp à des jeux ennuyants. J'ai gossé ensuite pour updater le firmware de mon Psp. J'ai tout fait pour laisser la déprime me prendre complètement. Elle est inévitable, alors allons-y. Il faut la prendre à bras-le-corps et attendre le prochain ravissement. Il n'a pas eu lieu dans mes activités du jour. J'ai lu le roman médiocre que nous allons analyser dans un de mes cours cette semaine. J'en suis au plus bas. Il y a de quoi! Après un livre aussi moche...

La vie d'étudiante au deuxième et troisième cycle manque parfois d'intensité. Avec cinq cours au premier cycle, c'est toujours exaltant. Le rythme de lecture et d'écriture est toujours bon, sinon on n'y arrive pas. Après le bac, il y a des vides trop grands. Ça laisse de la place pour les remises en question. Je suis une sale carriériste, prétentieuse en plus, alors tout se passe assez bien à ce niveau-là. Je ne remets pas en question mes désirs. Je remets bien plus souvent mes capacités. Je me méfie de mon assurance. Je sais que je dois être angoissé pour faire des choses intéressantes. Les cours sont stimulants, mais ils sont trop rares. Heureusement que j'assiste au cours sur Adorno, j'ai un horaire assez chargé avant le vide. Je n'ai pas hâte que ma scolarité soit terminée, puisque cette fois ça sera vraiment terminé. On passe dans une autre vie, ce n'est plus vraiment être étudiant. Ce n'est pas complètement vrai. J'ai souvent maudis de façon indécente le fait d'avoir 25 ans. C'est absurde, je suppose, puisque après je vais regretter cette jeunesse glorieuse. Je m'en fiche un peu, puisque sincèrement j'ai hâte d'être plus vieille. Je me battrai alors pour des trucs plus importants.

Je voulais donc parler des trois journées d'étude. Elles n'étaient pas de même intensité. J'ai parfois retenu ma colère devant certains propos ou méthodes. Je tente de départager les bons combats des combats vains. Je me laisse emporter régulièrement, voire tout le temps. Je suis plutôt introvertie, ça paraît quand je veux et je ne veux pas souvent. Après les trois interventions les plus passionnantes que j'ai vues, je n'ai rien dit. Je ne suis pas encore très à l'aise avec les réactions immédiates. Il ne faudrait pas se méprendre, j'aime parler, ce n'est pas ça. J'ai besoin de me retirer et de réfléchir. Je ne pense pas vite. L'écriture permet de dire moins de bêtises, de bien construire ses effets. Il y a une de ces interventions qui m'a particulièrement marquée. Je m'y attendais un peu, même si le titre de la communication me semblait trop quétaine, trop féminin. Je savais qu'il se produirait pareil ravissement. J'aurais peut-être pu parler si je n'avais pas été d'accord point par point avec ce qui a été dit. Ce n'est pas fréquent d'être d'accord d'un bout à l'autre. C'était le cas, enfin sur le coup! Je ne pense pas vite, je vous l'ai dit. Je peux penser vite pour des choses pas importantes. Dans les examens à l'école, par exemple, j'étais toujours la première à remettre ma copie. Quand c'est plus important, quand il s'agit de littérature, il faut penser plus longtemps. Je n'ai pas envie de dire trop de connerie.

Après cette intervention, la foule était ravie. La personne qui parlait est particulièrement douée pour aller se chercher des fans. Elle donne tout. C'est tellement rare que tout le monde s'excite. Parfois, je me demandais si ses fans - dont je ne fais pas partie, vous vous en doutez - comprennent vraiment ce qu'elle dit. Cette semaine, ses propos étaient particulièrement terribles. Plus elle est brutale, plus elle plait à son auditoire en délire. Je crois que j'étais d'accord avec ses propos aussi violents qu'ils étaient. Si les gens l'acceptent, c'est parce que l'homo festivus ne veut plus voir de différence entre la violence et la fête. Plus elle cherche à être trouble-fête, plus elle produit elle-même la fête. C'est le paradoxe de notre époque. Elle parle énergiquement, que sa vitalité soit négative ou non, ça ressemble au mouvement de la fête. Je n'ai rien dit, et même si je pensais plus vite, il n'y avait rien à dire. Il y a des propos comme ceux-là qui méritent le silence. Quand on parle, on n'a rien compris.

Ce matin, dans un moment de déprime, je m'en suis pathétiquement pris à ma sensibilité. C'est bête, je sais. Je ne suis pas à l'épreuve des âneries. Demain est un autre jour, un congé férié, en plus! Je vais me consacrer à la lecture mur à mur. La seule ombre au tableau sera Loft Story, et peut-être Bazzo.tv dans un autre ordre d'idée. Je me suis laissée prendre au Loft pour une deuxième année. Il y a peu de chose qui me font rire comme le Loft. Il fallait voir les « rejetés » qui pleuraient dans une scène de torture psychologique hier soir. Un grand esprit, Françis de son petit nom, a dit à ceux qui avaient manqué le « déluge » qu'ils étaient passés à côté d'une grande expérience de vie. Quelle souffrance pour nos amis lofteurs! Ouf! Je ne ris pas de leur « souffrance » bien relative, je ne ris pas d'eux ou presque pas, mais plutôt du montage, de la narration de Loft Story toujours parfaitement trash.
 
 
Musique actuelle: Melotron - Arroganz der Liebe, Gerade Heute
 
 
24 septembre 2007 @ 07:34
Je ne sais pas à quel moment je me suis sentie chez moi. La chose est faite. Je me lève le matin et je n'ai plus l'impression d'être chez des étrangers. Les chats aussi se sentaient à la maison. La déprime d'Elstir est terminée depuis longtemps. Ils ont tous de nouvelles habitudes. Elstir, par exemple, ne peut plus aller dans le bain, puisque nous n'avons qu'une douche. Il passe son temps dorénavant dans l'armoire de la salle de bain et sous la commode de la chambre. Le jeune fou, Ferdinand, peut courir à vive allure partout dans l'escalier, dans le salon, dans la cuisine. Il monte aussi toujours plus haut. Couché sur les étagères, il domine son monde. Le divan est parfait pour Badria qui y passe la majeure partie de son temps. Elle a un oeil sur l'ensemble de l'appartement. Je me sens chez moi. Il est clair que c'est étrange d'être si intime avec un lieu comme celui-là. Je ne peux pas dire non plus à quel moment l'embourgeoisement a eu lieu. Lorsque nous sommes entrées à la maison, avec notre valise de couteaux de cuisine, je me suis dit ça doit commencer un peu par ici. Il faut des instruments pour bien oeuvrer dans notre cuisine. Nous sommes de plus en plus équipées pour s'attaquer un peu à tout.

Depuis que nous y sommes et que je m'y sens bien, je me demande comment nous avons vécu avant. Je n'ai aucun problème avec l'embourgeoisement. Ça me convient parfaitement. J'ai toujours su que la vie me conduirait là. Je n'ai pas besoin de projeter un semblant de bohème. Je suis casanière, ça me va. Je préfère mes petits chats aux bêtes de sauvage qu'une vie de nomade permet de connaître. Nous avons une grande table pour travailler, il me semble que c'est le boutte de la marde. J'ai vécu sans table de cuisine pendant cinq ans. Il nous reste des meubles à acheter. Je vais mettre à la rue mon vieux meuble d'ordi passé date. Je veux seulement des tables. Des tables partout, c'est ma destinée.
 
 
27 juillet 2007 @ 19:42
Il ne manquait qu'à donner l'impulsion finale. Voilà, c'est fait! Notre imbécile de concierge utilise notre appartement comme débarras pour les réparations chez d'autres locataires, alors que nous attendons depuis un mois pour les travaux de notre salle de bain. Sans avertir, vous le devinez. Nous avions décidé d'être « sympatiques ». Cela ne veut pas dire familières, bonhomme! Je m'ennuie du temps où il avait peur de nous! On aura pas le choix de reprendre le régime de terreur s'il s'installe.

De toute façon, l'impulsion est donnée. On s'en va. Nous avons déjà trouvé quelques appartements intéressants. À Hochelaga, bien sûr, on ne quittera pas le quartier. Nous avons les moyens d'avoir non seulement un appartement plus grand, mais en plus beaucoup intéressant que celui-là. J'espère que nous serons capables de trouver vite. J'adore l'idée de déménager sur un coup de tête. En quelques jours, et hop!
 
 
15 juillet 2007 @ 15:17
Je ne me souviens pas de notre retour à la maison. Pour moi, c'est comme si j'avais été téléportée du jardin d'Axel et de Nadia à mon lit. Le seul élément qui me montre que cette téléportation ne fut pas sans heurts est mon genou blessé. Vous vous doutez que le retour ne fut pas si magique pour Julie. Il paraît que j'étais vraiment drôle, alors je suppose que ça pardonnait un peu. En passant, près du marché Jean-Talon, j'aurais dit out of nowhere : « Il y a des animaux morts au marché Jean-Talon », comme une parole prophétique. Allez savoir ce que je voulais dire. Julie me posait des questions pour abuser de ma pauvre personne. Elle m'a demandé qui habitait sur une certaine rue. J'ai répondu, paraît-il, d'emblée : « X. avec son playstation 3 ».  On voit ce qui m'importe!

Ce matin, nous nous sommes levées un peu tard pour nous rendre à Fantasia. Nous allions voir Hero Tomorrow. Il y avait quelques bonnes idées, mais c'était un film minable et sans intérêt. Nous ne le savions pas encore, alors nous avons demandé un taxi pour arriver à temps. Quel plaisir de vivre aux dessus de ses moyens! Et quel plaisir de prendre le taxi pour aller au cinéma à midi. Surtout pour aller au cinéma qui est à quelques pas d'un métro! Si un jour j'ai un emploi moindrement payant, c'est certain que je vais prendre toujours le taxi comme dans Sex and the City. Ah qu'il fait bon vivre en ville! Le taxi, c'est le nec plus ultra pour une dépensière! Nous le prenons si souvent. Si vous saviez!

Tantôt : Memories of Matsuko! :D

 
 
09 juillet 2007 @ 18:19
Ma déception du jour : il faut s'abonner à un club de tir pour pouvoir utiliser une arme à feu dans un contexte récréatif. Je croyais que ça pouvait être comme le mini-putt. On loue une arme et on tire. Après tout, on sait tous qu'un bâton de golf peut être une arme très violente. En plus, l'endroit qui semble le plus intéressant est à Lachine. C'est le Centre récréatif d'armes à feu de Montréal. J'abonnerais bien tellement je suis motivée, mais bon à Lachine, pour moi ce n'est pas en ville. Le monde est ennuyant.

Je devrais déménager aux États-Unis. Là, ils ont l'air de pouvoir pratiquer un peu partout. (Nul besoin de préciser que c'est une blague!)





 
 
04 juillet 2007 @ 09:42

J'attends les employés du propriétaire pour me sortir des décombres. La salle de bain est une pisicine ce matin! Ça coule chez la voisine évidemment. L'immeuble s'écroule! Pas encore heureusement. Je n'aurais pas le temps de sortir tous nos livres.

J'ai enfermé les chats dans le salon. Ils faisaient tellement de bruit tantôt que ça donnerait l'impression que nous avions séquestrés quelqu'un. Les deux lesbiennes, ou les deux soeurs selon la source consultée, asociales habillées en noir séquestrent des hommes. La rumeur est lancée! En ce moment précis, les trois membres de la compagnie féline roupillent.

C'est quand même bien les décombres. Je travaille à la maison et je me commanderai des sushis pour dîner!

Edit à 10h : Lorsque mon cher ami, Gaétan, concierge de grand talent, est arrivé. Il a dit un très profond : tabarnak!

P.S. : L'extrait de manga vient de Gantz lorsque notre héros au chapitre 91 se retrouve seul parce que tout le monde est mort dans la destruction du temple.

 
 
27 juin 2007 @ 09:15

Je crois qu'on ne peut rien demander de mieux qu'une soirée qui commence par Hostel part II.  C'est con de ne pas y être allé avant. Tout est un peu prévisible dans cette suite qui n'a rien à envier au premier opus, mais ce n'est pas très important. Je crois que le bon cinéma ne repose pas sur les effets, toujours très éphémères au demeurant, de surprise. Les gens ne riaient pas beaucoup dans la salle même si le film était évidemment hilarant.

Hier, j'avais fait un effort de stoïcisme incroyable. Hostel fut la récompense. Je me demande parfois s'il y a une limite à répéter les mêmes âneries. Peut-on l'arrêter? En prenant le parti du pessimisme, je crois que non. Soit je me coupais du monde ou soit je commettais l'irrémédiable. J'y suis allée avec ma propre suppression. C'est sage, mais peu satisfaisant. En tous cas dans l'immédiat.

Je roulerais bien une série de katamari pour me détendre.

***

Plaisir LJien du jour : J'ai découvert une communauté de masque à gaz russe :

[info]gas_mask_ru_eng .

 

 
 
Musique actuelle: Nullsleep - Hello World
 
 
27 mai 2007 @ 09:22
Je participais à un colloque cette semaine. Ça faisait un bout de temps que je n'avais pas fait une communication dans un colloque. C'était sur le temps contemporain, un colloque organisé par mes pairs dans mon université. Je débordais d'énergie lorsque j'ai fait ma communication. Tout juste après, c'était le grand vide. Il me semble que j'avais tout donné en vingt minutes et qu'ensuite je n'avais plus d'énergie. Je dois dire que, sincèrement, la première pensée que j'ai eue était : « J'abandonne tout. C'est terminé. » C'est un peu pathétique, je le concède. Je me dis que c'est quand même mieux que d'être triomphante. Julie m'a dit que ça avait très bien été. Je suppose que je dois la croire. En fait, je la crois! :p Je n'ai pas raté mes citations. C'était le plus important pour une fois que j'avais des citations à performer. Elles étaient particulièrement agréables à lire, je dois le dire!

Après ma communication, les interventions n'ont pas tardé. On attaquait Philippe Muray de toute part. Une armée de festifs contre Muray. Tout le monde s'entend pour dire que Muray est un grand essayiste, mais franchement il n'y a pas de place pour lui à l'université. Que peut-on faire à l'université avec Muray? Il ne fait pas assez de théorie neutralisée, il ne cite pas, il joue à provoquer. J'ai décidé que je n'abandonnais pas tout, mais que j'abandonnais Muray. En tous cas, officiellement. Je n'ai pas envie que mon examen doctoral soit une attaque en règle contre Muray. Je vais tout préparer pour faire la thèse sur Muray que je veux faire, mais je ne le mentionnerai pas explicitement. À partir de maintenant, je travaille donc à une théorie sémiotique de l'événement dans la littérature contemporaine. C'est plus sérieux que la littérature d'après l'Histoire.

Et mes pairs? J'avoue que j'ai été surprise que colloque ait été à ce point intéressant. Un colloque de jeunes chercheurs bien plus passionnants que certains colloques de prof. Il reste que mes pairs sont toujours à leur hauteur. Julie en a parlé, mieux que moi, dans son journal hier. Une de mes collègues a terminé le colloque en disant à la volée : « Merci de nous avoir permis d'avoir une ligne de plus dans notre CV ». L'art de gâcher plusieurs beaux efforts. La remarque provenait d'une fille intelligente, qui a également, on le devine, tous les atours d'une parfaite professionnelle. Enfin, passons. Ça l'air que nous sommes, Julie et moi, les seules puristes qui n'aiment pas entendre ce genre d'insignifiance, dite à la blague ou non.

 
 
26 mai 2007 @ 13:19
J'ai toujours cru que la pessimisme était une avancée de la pensée. Quand j'étais enfant, j'étais heureuse, fière de vivre, ambitieuse, prête à embrasser le monde. Il me semble que l'âge m' a appris l'amerturme. Je me suis toujours dit que ça ne se pouvait pas de mourir serein, que nécessairement  on crève beaucoup plus amer. Dans mon entourage, il y a des personnes positives, des vraies. Elles veulent comprendre les autres, connaître leurs bons côtés. Moi, je cherche les mauvais. Je veux connaître le pire de tous. C'est comme ça. Je suis obsédée par ma recherche de la dégueulasserie humaine. On pourrait croire que ça mine mon existence. Pas du tout. Ça m'amuse! Il n'y a rien de plus exaltant que de découvrir que j'avais raison et que l'humanité est abjecte. Je suis rassurée par la vie.

Alors voilà, la vie est plus complexe. Fort heureusement! J'aimerais dessiner grossièrement deux groupes : les gens d'exception et les médiocres. En société, tout le monde devient bien. On se laisse aller en socialisant. C'est difficile de ne pas céder. Même moi, la soi-disant amère, je me laisse aller. Retourne à la littérature, jeune fille, il ne faut pas oublier que le monde est vache!

En tous cas, les gens en général sont plates! Ça, ce serait difficile de l'oublier. À chaque jour, in your face, l'ennui du monde.
 
 
19 mai 2007 @ 14:24

Julie m'a donné le coffret complet des Unfortunate Events pour mon anniversaire. Je suis une femme heureuse! J'en reparle bientôt. C'est tellement passionnant.
 
 
11 mai 2007 @ 07:32
Après tant d'années passées entre quatre murs, cette nuit Badria a décidé de nous quitter. Je n'avais pas fermé la fenêtre suffisamment. Elle s'est glissée dans le trou pour partir à l'aventure. Ce fut la panique au milieu de la nuit quand Julie s'est aperçue de son absence. Jusque là, je dormais paisiblement, persuadée que Badria n'avait pas pu nous déserter. Ferdinand était là, Elstir aussi, mais Badria manquait à l'appel. Même le claquement de la porte d'armoire, qui annonce habituellement de la nourriture, n'est pas parvenu à la faire sortir. Quand j'ai regardé par la fenêtre, elle était calmement installée sur le balcon et regardait dans ma direction. J'ai ouvert la porte avant et elle est entrée à toute vitesse. Au moins, on sait maintenant qu'elle ne veut pas vraiment vivre ailleurs.

En parlant d'aventure, en revenant du club vidéo hier, j'ai remarqué un gars très fif qui marchait dans ma rue avec une fille. Je me suis dit qu'il était courageux. Hochelaga se développe, mais quand même... Je me trouvais un peu lâche d'avoir de telles réflexions. Quelques secondes plus tard, j'ai entendu: « Aille, as-tu vu le gars dans la rue? Regarde. Je pense que c'est un travesti ». Bon, d'accord, je ne me trompe pas. Le mec était courageux.
 
 
04 mai 2007 @ 15:23
Chez Omer DeSerres tantôt, Julie s'est proccurée le matériel pour la fabrication de colliers tant convoité tandis que moi je me suis choisie deux toiles pour jouer avec mes restes de peinture. Mes oeuvres visuelles passées sont si laides que je ne les expose pas chez moi, c'est dire. Au moment de payer notre matériel à créativité qui donne l'impression que nous sommes égaux devant l'art, la cassière m'a demandé si je voulais faire un don pour le cancer du sein. J'étais plutôt distraite. Je n'écoutais pas réellement. J'ai pourtant répondu un "non" assez solide, habituée aux questions poches. Je crois que, du coup, j'étais devenue la personne la plus odieuse qu'elle ait vue. Je me suis sentie un peu mal en réalisant que c'était pour une bonne cause. Quelques secondes seulement! Je ne me sens plus mal du tout. Sérieux, c'est juste une façon malhonnête de soutirer des fonds pour une bonne cause. Ça insulte l'intelligence du monde, ce genre de levée de fonds. Ça veut nous prendre dans un moment de faiblesse, de culpabilité...
 
 
03 mai 2007 @ 20:04
Je me remets peu à peu de l'humiliation. Ça vraiment été une journée de merde hier. Je devais retourner tôt le matin un appel. On m'annonçait une bonne nouvelle, on me disait que j'allais être contente. Quand je suis arrivée pour recevoir la bonne nouvelle, j'ai failli m'effondrer en larmes. Oui, ça ne paraît pas, mais je suis une sale émotive. Je me donne d'un coup, je suis tellement transparente. Avec les larmes, c'est pareil. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais je suis restée impassible. Elle répétait que c'était une bonne nouvelle, elle me félicitait. Peut-être que pour certains c'est une bonne nouvelle (j'en doute). Pour moi, en tous cas, c'était clairement la fin du monde. Je l'avais là mon événement, mon grand déluge. Habituellement, je vous raconte l'humiliation jusqu'au bout. Je sais que ça amuse le ridicule de l'autre. Je vais me garder une petite gêne pour cette humiliation-là. En prenant connaissance de la raison de mon malheur, je me rendais compte que c'était profondément injuste, que je ne méritais pas mon drame. Je suis allée au travail et j'ai fixé l'écran de l'ordinateur toute la journée. Je ne sais pas du tout de quelle manière le temps a passé. Je répétais seulement des clics machinaux sur le Web, d'insignifiance en insignifiance, en analysant les détails de mon humiliation. 

Oh moment quétaine à l'horizon... Le pire dans tout ça, je me sentais tellement la fille de ma mère. Forcément, je suis la fille de ma mère, mais je suis aussi sa réplique avec 25 ans de moins. Des humiliations comme cela, ma mère en a essuyé plus d'une. Je suppose que ça devrait me rassurer. Elle a réussi sa vie en demeurant la rebelle de service. En fait, c'est surtout que je ne voyais pas l'ampleur de la ressemblance. Même si ma mère est le modèle parfait de l'über-femme, qu'elle constitue en théorie un modèle parfait à suivre, on se cherche une destinée différente de sa mère. Avec ma mère, le pire est que je pourrais écrire que je la déteste et elle ne serait pas fâchée. Elle est aussi une fine croyante en la psychologie. Une de ses grandes leçons a toujours été que c'était sain la haine de sa mère. C'est comme un cercle vicieux. Plus j'étais arrogante avec elle, plus je jouais à la rebelle, plus au fond elle se disait qu'elle avait réussi avec moi, que j'aurais de l'ambition. « Avoir de l'ambition », c'est une valeur extrêmement importante pour elle. Je suis une fausse rebelle, la fille d'une mère qui souhaitait précisément avoir une fille rebelle. 

Bon assez parlé de filiation! Ça va faire les quétaineries, Amélie. Les épanchements d'âme. Je me doute bien que l'humiliation est formatrice. Je ne passerai pas ma vie à pleurer que la vie est injuste. Elle est injuste, elle fait chier. Je vais me battre, je vais les enculer un par un, maintenant ou dans plusieurs années. Je les aurai un jour, c'est l'important. J'aurai 25 ans dans quelques semaines. À cet âge, on a la vie devant soi pour remettre à leur place les emmerdeurs. J'ai de l'enthousiasme et de l'énergie à revendre. Je me sens déjà mieux. Je me suis levée tard ce matin, c'est-à-dire à 9h, j'ai l'habitude de me lever à 5h. Je suis allée à une réunion au travail. Ensuite, Julie et moi y sommes allées de la thérapie: dépenser de l'argent imaginaire, aller bruncher sur une terrasse au soleil, aller à la librairie chercher le Guide de la Mongolie qui est bien sûr à la hauteur des attentes. Ça marche tout le temps.
 
 
26 avril 2007 @ 08:23

Hier, j'étais devant le Passeport avec un ami. Je ne révèlerai pas le nom de cet ami. Puisque je vois tout le temps les deux mêmes amis, on peut deviner aisément. Je l'accompagnais pour une cigarette. Nous étions dans un état d'ivresse avancé, danse dans un club gothique oblige. Une femme est passée et nous a demandé de l'argent. Mon ami a dit juste comme ça : « On s'habille en noir, nous n'avons pas d'argent ». Je ne crois pas qu'il trouvait nécessairement que c'était une grande citation. Une fille derrière nous a éclaté de rire. Elle répétait: « Elle est bonne celle-là » avec l'air fier d'être wannabe sarcastique typiquement gothique. Elle disait désirer populariser la phrase. J'écris ça pour vous avertir. Qui sait peut-être que dès aujourd'hui tous les gothiques en ville se passent le mot « On s'habille en noir, nous n'avons pas d'argent ». Vous saurez au moins d'où ça vient!

 
 
22 avril 2007 @ 15:52

Dans un bar hier, nous célébrions Julie et moi le dix-huitième anniversaire de mon jeune frère. Son premier verre en toute légalité en fut un de cidre. Ce fut évidement une belle initiation à la vie adulte. Quand j'ai payé le litre, j'ai fait la malheureuse erreur de dire au serveur : « Vous pouvez me remettre deux dollars ». Il n'était pas fâché parce que je ne lui donnais pas assez de pourboire. De ce côté, tout allait bien. Il s'offusquait parce que je le vouvoyais. Le cool dude de bar hippie n'avait pas l'air d'être près de s'en remettre. Insulté au plus profond de son identité par un Vous mal placé, il m'a demandé mon nom et il m'a dit : « Ben, appelle-moi Jeff, Amélie! ». Il m'a monté la main dans le genre « Tape-là! ». Je lui ai rendu son geste de camaraderie sans conviction. Je ne sais pas s'il a bien senti mon regard de mépris. Malheureusement, je crois qu'il l'a raté. Je me sentais gentille ce soir-là, prise en pleine festivité fraternelle. Mes regards de mépris n'étaient pas très vifs. Il me semble que c'est clair:  je te vouvoie. Je ne suis pas snob, je ne veux juste pas te connaître. Il devrait en tirer une grande leçon de vie. Tout le monde ne veut pas nécessairement être ton ami, cool dude hippie aux longs dreads. Mes contemporains québécois sont comme ça. Ils ont peur du « vous ». C'est devenu une attaque de vouvoyer dans un lieu publique. Ils ne savent plus comment prendre le pronom autrement que comme une insulte. Ça les bouscule. Pour déclencer une guerre dans un espace public, essayer de vouvoyer des tonnes de Québécois dans la vingtaine ou trentaine. Vous allez  voir, ça devrait saigner rapidement. 

 
 
21 avril 2007 @ 12:54
Je ne connais que les pulsions violentes. J'aurai beau être la plus sereine, la plus heureuse (parce que je pense sincèrement que je le suis!), je vais toujours être possédée par la rage. Ça me définit en quelque sorte. Je suis une enragée, je suis en vie. On peut sans doute lire des phrases dans les archives de ce journal qui parlent de mon désir profond d'imposer la négativité (un beau programme!). J'ai plus d'une fois fait l'éloge des bottes d'armée, des vêtements noirs, comme effort de négativité sur le réel. Bien des années après l'avoir pensé, je lis Philippe Muray et Hegel. Je comprends mieux mes élans de négativité. Pour Hegel, l'homme se définit par sa capacité à produire la négativité. Le vivant, sans négativité, n'est qu'un animal. À la suite d'Hegel, Muray voit la société d'aujourd'hui comme celle de l'effacement des différences et de l'empire du Bien. Bref, Muray dit que nous sommes une société morte, sans Histoire (nous sommes entrés dans le temps de l'après Histoire). Il vise très juste. Ma rage pourrait donc me transformer en gardienne de l'humanité, de la négativité. Les imbéciles pourraient croire que ça sert à justifier la violence. Pas du tout! Évidemment, la fonction des crétins est toujours d'avoir tort. C'est pratique. En parlant d'idiot, j'ai entendu un gars l'autre jour, dans un contexte quelconque, dire des âneries sur Thomas Bernhard. Le disciple de Nancy Huston - gardienne de la vertu, des belles valeurs et du bon goût - parlait de la méchanceté premier degré d'un Bernhard qui serait presque Hitler à force de pulsions violentes. Sa comparaison était aussi hâtive que ridicule, aussi peu choquante que stupide. Il faut vraiment de ne pas savoir lire pour énoncer des analyses pareilles. Je l'écoutais parler et je me sentais transie par ma rage. Je n'ai pas parlé. J'aurai pu énoncer un truc très calmement, masquant toute agressivité, mais ça ne servait à rien dans ce contexte. Il n'y avait pas de dialogue possible avec le mec. Ça semblait évident. Dans un sens, j'étais heureuse qu'il dise tout ça. Je me sentais vachement en vie.
 
 
18 avril 2007 @ 07:41
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En déposant ma brosse à dents hier, ce fut la catastrophe. Le geste anodin a été le déclencheur des plus grands désastres. La brosse à dents déposée, j'ai reçu de plein fouet la pharmacie de la salle de main sur la gueule. J'ai eu heureusement le réflexe de poser mon épaule entre ma gueule et la pharmacie pour bien recevoir le coup. J'avais donc l'armoire au plus près, tendrement contre mon épaule. On peut dire que nous étions intimes, le désastre et moi. J'ai dit calmement : "Julie, viens ici". Je n'arrivais pas à formuler l'accident. La seule formule que j'aurais pu trouver était du type tragique : "C'est le début de la fin.", "Nous habitons dans une ruine"... Des trucs catastrophiques dans le genre. Elle est donc arrivée sans être préparée à me voir debout devant le lavabo avec la pharmacie sur l'épaule. Vous devinez que les chats avaient fui les lieux du désastre. Ils ont un instinct de survie, eux. On se doute que nous n'en avons pas puisque nous aurions du fuir ce lieu depuis longtemps. Sans doute, mais ça me plait dans un sens la proximité de la ruine. Le mur est tellement humide que les vis qui fixaient la pharmacie dans le mur ne tiennent plus. Ça donne la mesure. Il faut les abattre : détruire tous les murs et les refaire entièrement. Nous n'avons pas fini de vivre les pieds dans les décombres.

 
 
17 avril 2007 @ 06:14

On s'entend tous pour dire qu'il y a un écart entre le monde réel et nos perceptions. Hier quelqu'un m'a dit: « Ah mais je ne suis pas mondaine comme toi ». Ouf! Il y a ben une limite de largeur de l'écart possible entre le monde et les perceptions. Même si je travaille très fort pour m'imaginer de quelle manière un individu pourrait me croire une seule seconde mondaine, je ne vois pas. Je ne veux pas jouer à la rebelle des grands chemins, mais quand même, ça ébranle. Julie, qui rebondit plus rapidement sur ses pattes que moi, a répondu à l'individu (ouais, je détournais l'histoire, c'était au pluriel. Nous étions toutes les deux qualifiées de mondaine par la même personne): « Mondaines? Pas du tout. Nous aimons seulement exposer notre misanthropie en société ». Vous vous doutez bien que nous ne jouons pas réellement à exposer une misanthropie, nous la vivons. La précision nous ramène toutefois un peu plus dans le vrai.

Puisque nous disposons d'une connaissance qui m'apparaît élémentaire des colloques et activités littéraires, l'individu louche pense que nous sommes informées de tout. Il doit imaginer que j'étudie toutes les affiches, les annonces, et que je retiens tout par coeur. Je ne suis pas informée, je suis une cinglée, une folle, une obsédée. Je vois un truc qui me laisse indifférente et je m'en souviens. J'ai une mémoire incroyable malgré moi. Si nous allons à un colloque (une de nos activités de couple favorite!), nous y sommes du début à la fin. Qu'il dure deux ou trois jours entiers, même la fin de semaine, nous y sommes du matin au soir. C'est de la folie, ce n'est pas une stratégie ou une tactique pour me placer dans le monde. Si je voulais m'informer, je ne passerais pas tout mon temps là. Je ferais un petit saut comme tout le monde et ensuite je retournerais à la maison pour méditer mes stratégies. De toute façon, au moment des mondanités - les vraies cette fois -, nous fuyons! Julie et moi, nous filons en douce à l'orée de la moindre activité mondaine. Comme je l'écrivais hier, je suis faite pour les combats, moi.