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04 juin 2014 @ 08:42
Ode à la liseuse : manifeste polémico-comique en faveur du livre électronique  
Un peu partout, dans les journaux, à la radio ou à la télé, on trouve inévitablement un charmant critique littéraire qui nous dira sans détour qu’il n’a rien à faire du livre électronique. Il nous racontera, le cœur heureux, à quel point il aime le papier, il veut toucher son livre, il désire sentir son livre. Quelle sensualité! Que c’est joli! Il ne racontera cependant jamais quelque chose de réellement excitant, ce critique sympa. Il aurait pu aimer déchirer son livre, barbouiller ses pages ou le lancer sur les murs. Oh non! Pas de saint danger! Il respecte bien trop l’objet. Quel dommage! Il passe à côté de la meilleure partie de la fête.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, nous inscrivons en porte-à-faux de ces extatiques scénarios de lecture. Nous n’avons pas le temps de nous pâmer devant la beauté et le parfum du papier. Notre devise est : vitesse, curiosité, plaisir. Que voulez-vous, nous aimons davantage lire que mettre en scène notre acte de lecture. Puisque nous avons tant de livres à découvrir, la liseuse est notre compagne idéale.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, sommes dandinés un million de fois, pendant plusieurs minutes, devant notre bibliothèque afin de choisir les livres que nous désirions glisser dans notre sac le matin. Maintenant que nous avons notre liseuse, cette époque est révolue. Sans hésitation, nous attrapons le merveilleux objet qui contient des centaines de livres. Nous pouvons quitter la maison, non seulement bien certains de ne jamais manquer de lecture, mais en plus, nous savons que nous pourrons suivre nos envies du moment et changer de livre à la moindre occasion.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, n’avons aucune honte à être impatients. Lorsque nous entendons parler d’un livre qui nous paraît passionnant, nous le voulons immédiatement. Pas de niaisage, pas de piétinement! Le monde est déjà tellement ennuyant, il ne faudrait surtout pas rajouter d’autres moments de lassitude. Grâce à notre bien-aimée liseuse, il ne nous suffit désormais que de quelques minutes sur Internet pour obtenir le titre convoité. Bang!

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, ne lisons pas pour épater la galerie. Nous chérissons ainsi notre jardin secret. La liseuse nous permet de lire n’importe quoi en toute discrétion. Nos intérêts variés nous conduisent souvent à nous aventurer vers des lieux interlopes. La liseuse est parfaite pour nous plonger, à l’abri des regards importuns, dans le dernier roman inspiré de l’univers de Dead Space, dans Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique! ou dans la biographie d’un entrepreneur de Dragon’s Den.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, avons toujours trouvé que le signet était un objet ringard. Naguère, lorsque nous lisions des livres papier, nous préférions nettement plier le coin de la page plutôt que nous résoudre à utiliser cet objet infâme. Notre liseuse offre la possibilité de garder en mémoire notre progression dans le livre pour nous. Cette option convient merveilleusement à notre nature impulsive et désordonnée qui nous pousse souvent à lire dix livres en même temps.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, sommes en relation ouverte avec tous les livres du monde. Dès nos premières rencontres avec la littérature, nous lui avons annoncé que nous ne pourrions jamais être monogames.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, trainons notre liseuse partout avec nous. Toujours légère, elle est parfaite pour lire un roman de plus de mille pages au soleil couché dans un parc. Nous pouvons même prendre des notes sans ruiner le moment. Notre liseuse compile et organise pour nous nos notes de lecture que nous transférons ensuite sur notre ordinateur.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, aurions tant aimé avoir une liseuse lorsque nous étions enfants. Nous aurions pu la glisser aisément sous notre oreiller pour lire des livres sous la couverture lorsque nos parents nous obligeaient à aller dormir. Grâce à cet objet fantastique, nous n’aurions pas eu à voler une lampe de poche dans l’armoire des parents.

Nous, lectrices, lecteurs de livres électroniques, sommes très peinés puisque plusieurs de nos auteurs préférés ne sont pas encore offerts en EPUB. Nous attendons le jour béni où les bibliothèques mondiales seront numérisées.  
 
 
Musique actuelle: Gonzales
 
 
 
eric BRECH on le 14 août 2014 19:47 (UTC)
Bravo !
bonjour Amélie !

je viens de voir que vous recommandez la lecture de certains écrits de Frédéric Dard dans vos cours ! (librairie UdeM) J'en suis fort content ! en l’occurrence du « San A ' » ! j'avais pensé, (je le pense tjrs en fait) « faire » une thèse sur San Antonio et son écriture argotique si particulière.
si je pouvais je m'inscrirais à un de vos cours à l'UdeM ! je suis curieux de savoir sous quel thème particulier allez vous aborder San A ?

en effet, Frédéric Dard mérite mieux que l'oubli ou pire l'indifférence du jeune public (les étudiants du 1er cycle)

vous pouvez m'écrire à mon adresse gmail : brecheric@gmail.com

bien cordialement,

eric