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17 décembre 2013 @ 21:43
Je lis Marina de Van comme si c'était une de mes bonnes amies. J'ai trouvé Stéréoscopie dans une librairie il y a quelques semaines. Je connaissais ses films, je me rappelais d'elle dans Sitcom et Regarde la mer de François Ozon. Après Stéréoscopie, j'ai remué la ville pour trouver une copie de Passer la nuit. J'ai maintenant le livre entre mes mains. Moi qui ai l'habitude de tout lire à vive allure comme si mes yeux n'arrivaient jamais à tenir en place, je me surprends à ralentir. Il me vient soudain une envie de m'arrêter, de prendre le temps. Sans doute que c'est ça lire une auteure comme si c'était une bonne amie. Peut-être que ça veut dire tout d'un coup vouloir se réfugier dans une parole. J'adore son style intransigeant toujours extrêmement précis. En même temps, son écriture possède une sobriété trop rare. Elle est portée par une exigence de rester au ras des pâquerettes qui me plait. Cette esthétique me paraît à contre-courant des petits écrits de mes contemporains, qui veulent donner un caractère transcendant à deux balles à leurs moindres lignes, alors qu'ils ne disent pourtant rien de bien différent des autres. La vérité, s'il en existe une, se retrouve peut-être plutôt dans les récits concrets, tristes et furieux comme ceux de Marina de Van. 
 
 
03 décembre 2013 @ 21:08
mur
 
 
 
02 décembre 2013 @ 18:06
Je suis une utilisatrice compulsive des médias sociaux. J’ai un compte Goodreads où je prends des notes sur mes lectures et où je discute de littérature avec des inconnus américains, un compte Mubi où je partage mes visionnements cinématographiques, un compte Artstack où je suis mes artistes visuels préférés, un compte Last.fm où je compile mes découvertes musicales, un compte Deviantart où j’envoie parfois mes dessins, un compte Pinterest où j’épingle le cœur heureux des images inspirantes sur mes babillards, un compte Twitter où je reste à l’affût de liens utiles pour mon travail et un compte Facebook où je me tiens au courant de la vie de mes amis et de ma famille. Comme si ma présence en ligne n’était pas suffisamment éclatée avec tous ces profils, je blogue depuis le début des années 2000 sur diverses plateformes, j’ai même tenté l’expérience de la baladodiffusion avec ma partenaire de crime à l’époque de l’âge d’or du blogue littéraire.

Je me sens pourtant de plus de plus lasse des médias sociaux. Il m’arrive désormais de me débrancher de tous ces sites pendant de nombreuses semaines. Je n’annonce pas mes pauses à grands cris tel que le veut la coutume. De toute manière, je sais bien que je reviendrai. Les simples d’esprit penseront que mon ennui vient d’une sorte de maturité récemment acquise. Après tout, j’ai franchi depuis peu le cap de la trentaine, je deviens une professionnelle, une enseignante en plus. Me voilà enfin une adulte! Il ne me manque que la maison, les enfants et le chien. Il n’en est pourtant rien, puisque les médias sociaux n’ont jamais été pour moi une distraction passagère en marge de mes activités sérieuses. Bien au contraire, je raffole du bruit, j’ai besoin de l’énergie de l’Internet pour écrire et travailler. Les médias sociaux sont une source inépuisable de mouvements, de murmures et d’hurlements. S’il existe, comme l’écrivait Cioran, une confrérie des insomniaques tourmentés, il y a sans doute aujourd’hui quelque chose comme une communauté bienveillante des accros du Web disponible à toute heure du jour pour raviver les âmes fatiguées.

Je dois toutefois avouer que mon absence en ligne m’est parfois bien apaisante. Mes pauses me servent à me placer hors du temps, de l’actuel, de l’immédiateté. J’ai remarqué, par exemple, que j’ai besoin de cet arrêt pour lire un roman du 19e siècle, comme s’il me fallait remettre mon cerveau dans un autre rythme pour accueillir une parole d’autrefois. Ces pauses, nécessaires pour revenir en force sur Internet, ne sont néanmoins pas la source de ma lassitude. Je sais trop bien identifier mon ennui : l’Internet de 2013 est plus plate que jamais. Ce n’est pas étonnant que quelques internautes sans grand talent se rassemblent et s’enroulent avec l’étiquette du trash pour masquer leur triste banalité. Ils ne savent même pas que nous avons connu, avant l’ère du vlogue, tant d’artistes, d’écrivain-es et de cinéastes mille fois plus courageux, effrontés qu’eux. J’adore les trolls et les trouble-fêtes, mais je les préfère plus intelligents que les quelques minables plaisantins dont tout le monde parle aujourd’hui sur la toile.

Il faut le dire : le Web d’aujourd’hui est de moins en moins créatif. Alors que les usages se sont progressivement fixés, les prises de parole sont ainsi davantage normalisées. Dans cet esprit, sur Facebook, les enquiquineurs de tout acabit pèsent la pertinence du moindre statut. Avec le temps, la majorité a décidé qu’elle préférait l’autopromotion flagorneuse aux micro-récits de soi qui racontent peine, douleur et fragilité. Les blogues alternatifs, qui existaient naguère en clair-obscur du Web pour reprendre l’expression de Dominique Cardon tirée de La démocratie Internet, se drapent désormais des grandes bannières de médias en perte de vitesse pour acquérir à tout prix une crédibilité. Pour devenir un influenceur sur Twitter, il importe de fraterniser avec le star système québécois et les journalistes en les couvrant de clins d’œil et de douces tapes dans le dos en cent quarante caractères. D’un pseudo-scandale à l’autre, les clans se défont et se reforment dans les médias sociaux. Les mini-tourmentes, déjà oubliées demain, permettent de masquer le dépérissement d'Internet qui est passé d’un espace d’expérimentation libre à une vitrine publicitaire pour la classe créative à la recherche de contrats. Internet, qui est pourtant bien jeune, ressemble déjà à un vieux mari grincheux toujours en pantoufles et en pyjama, le cul sur son sofa, amant de la vie la plus routinière possible, qui ne s’habille et ne se lève que pour aller à son travail qui l’emmerde. On parlait il y a quelques années de la fameuse matantisation des médias québécois. Je crois qu’il serait juste de parler en ce moment d’une pépèrisation de l’Internet québécois. Il est grand temps d’agir! Il faut sortir le Web de son manque d’imagination et tout faire pour promouvoir le retour de la créativité et de l’audace sur Internet. 
 
 
15 août 2013 @ 17:31
À l'évidence, je suis obsédée par les romans de femmes mariées qui s'ennuient. Je suis obsédée par ces histoires de femmes tristes et sans issue. Cet été, j'ai dévoré Madame Bovary. J'ai lu aussi Peyton Amberg de Tama Janowitz, une Bovary contemporaine, et Les Stances à Sophie de Christiane Rochefort. Dans Quand les colombes disparurent de Sofi Oksanen, j'ai préféré tous les chapitres sur la femme mariée prisonnière de son mari ennuyant aux autres. Je ne sais pas pourquoi ça me passionne autant...

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Moi, je ne suis pas prisonnière d'un mari. Je ne suis prisonnière de personne sinon de la vie elle-même. De cette vie qui offre si peu d'ouvertures pour respirer, qui laisse si peu de place pour bouger. Peut-être suis-je prisonnière d'une armée de maris dont je ne veux pas.

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Après avoir terminé Peyton Amberg, j'ai lu des commentaires d'internautes. Ceux qui avaient détesté le livre écrivaient que Peyton n'était pas un likable character. Ça doit bien être pour cette raison que j'ai aimé le livre. Maybe I'm not a likable person.

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tragicta
 
 
 
15 août 2013 @ 17:05
L'autre jour, j'étais en auto avec Julie. Nous attentions à une lumière rouge. Nous avons vu une mère avec sa fille. Elle était toute petite. Un an peut-être. Ou un peu plus. Enfin, elle avait l'âge d'un bébé qui commence à marcher. Tout à coup, l'enfant a décidé de prendre une direction différente de celle de sa mère. Elle marchait fièrement, fascinée par tout ce qui l'entourait. Sa mère avait arrêté de marcher pour regarder sa fille partir toute seule à l'aventure. Elle l'a laissé marcher comme ça, trente secondes, une minute, puis elle est allée prendre sa main pour lui indiquer la bonne direction. J'ai trouvé cette scène très belle. Elle aurait pu demander à sa fille de revenir à l'instant même où elle a fait ses premiers pas dans un autre sens. Elle aurait pu l'attraper sur le champ et la prendre dans ses bras afin de ne pas perdre de temps. Elle ne l'a pas fait. Elle l'a simplement regardé marcher, elle lui a laissé ce petit moment de liberté.

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J'aimerais tant pouvoir retrouver ce sentiment de liberté que connaissent les très jeunes enfants. Quand j'étais toute petite et que j'ai commencé à me tenir debout toute seule, la légende familiale raconte que mon père m'avait suggéré d'aller attendre ma mère dans la grande fenêtre avant de notre maison. Il parait que j'étais debout toute fière quand ma mère est arrivée de son travail. Moi, je ne m'en souviens pas, mais ça devait être cute.

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Dans les pires moments de mélancolie, je n'arrive pas à imaginer que ça pouvait être moi la fillette heureuse dans la fenêtre. Une petite fille toujours prête pour toutes les escapades.
 
 
 
04 juillet 2013 @ 11:52
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Souvenir de Paris avec ma mère. Nous sommes au Centre Pompidou dans la collection permanente. Elle fait une grimace devant l'urinoir de Duchamp. Je lui dis: « C'est l'oeuvre la plus commentée de la modernité ». Elle me répond: « Non ». « Je te jure ». « Amélie, arrête tes niaiseries. »
 
 
 
13 juin 2013 @ 21:18
À Paris, j'ai vu des vieilles femmes sur le bord des rues qui demandaient de l'argent en chantant de longues plaintes. On ne verrait pas ça chez moi. Si j'habitais là-bas, j'entendrais sans doute ces chants désespérés tous les soirs avant de m'endormir à force d'y être exposée.

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En arrivant en France, je me suis rendu compte qu'il y avait une exposition de Keith Haring en ville. Une de mes profs d'histoire de l'art que j'aimais bien nous en avait parlé jadis avec tant de passion. J'ai décidé d'y traîner ma mère. Après l'horreur de la tour Eiffel bondée de touristes, aller au musée! (Tant qu'à parler de la tour, il me faut ajouter une citation morbide lue quelques jours avant mon voyage : « La Tour Eiffel, précoce commémoration des fils de fer barbelés » Natalie Clifford Barney, Pensées d'une amazone) Ma mère avait passé la veille toute seule au musée d'Orsay. Elle était restée plus de six heures devant les tableaux. Cette fois, c'était des petits dessins de bonhomme! Bang! Le choc! Radical! En plus, l'exposition d'Haring commençait avec des tonnes de dessins de pénis. Je laissais ma mère découvrir l'expo en commentant le moins possible. Peu à peu, je me suis apperçue qu'elle commençait à vivre quelque chose. Même que je pourrais avancer qu'elle aimait vraiment ça! Peut-être pas autant qu'un Monet, mais malgré tout, une expérience esthétique avait lieu.

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Il est étrange de penser que ma mère est née la même année que Keith Haring! Elle ne le connaissait pas du tout. Même les peintures sur le mur de Berlin ne lui disaient absolument rien. C'est comme si deux mondes complètement différents se rencontraient : l'univers rangé et responsable de ma mère découvrait l'excentricité et l'audace d'une vie d'artiste hors norme. Quand il faisait ses premiers dessins, je poussais mes premiers cris et ma mère changeait mes couches.

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Peu importe nos manières de vivre, on peut tous comprendre si on le désire une oeuvre tout entière consacrée à la douleur.
 
 
Musique actuelle: Daft Punk, évidemment!
 
 
08 mai 2013 @ 15:14
L'autre jour, Julie et moi rentrions de l'école en auto comme des professionnelles occupées et pressées. Nous étions toutes les deux très fatiguées. Nos dernières nuits avaient été plutôt courtes. Il fallait encore trouver de l'énergie pour prendre les sacs lourds pleins de livres et de travaux d'étudiants à corriger. En sortant de l'auto, nous avons entendu des cris aiguës et nous nous sommes rendu compte que deux femmes se battaient dans la rue. Au centre de la discorde, il y avait une immense canette de bière cabossée qui giclait. Je ne savais même pas qu'il existait un format aussi gigantesque. J'ai reconnu une des femmes au coeur de la dispute. Elle est la propriétaire du minuscule dépanneur au coin de ma rue. Son assaillante était complètement ivre, elle tenait férocement contre son corps l'objet qu'elle venait sans doute de dérober. La canette continuait de couler partout dans la rue. Elle arrivait néanmoins à prendre quelques gorgées. Ça glissait dans sa bouche en débordant sur ses vêtements. J'étais obsédée par ce constat : la boisson volée ne sera même pas consommée. La propriétaire du dépanneur qui criait encore a battu en retraite et est retournée dans son commerce. La femme ivre est partie vers chez elle avec la précieuse canette vide. Moi, j'ai fui dans l'escalier vers notre repère avec un mal de tête et l'envie de crever.

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Dans le dernier numéro du Monde diplomatique, j'ai lu un dossier sur le revenu minimum garanti. J'ai trouvé ça intéressant.

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Ces derniers temps, j'abuse de musique entrainante. Je dois réussir à me placer dans un état de frénésie pour accomplir quelque chose. Je lis comme une déchaînée, je fais du vélo comme une enragée. Ce matin, j'avais mal au genou gauche sur la piste cyclable. Je me suis dit que j'avais sans doute exagéré un peu. En roulant, je repensais à la scène devant le dépanneur et je me disais que c'était drôle que ma voisine ne vole qu'une seule canette à la fois. Même si la canette était énorme, il faut en cumuler des petits vols pour se mettre un peu chaud avec sa manière de procéder. À sa place, je serais allée chercher une caisse et je serais partie en courant sans les ouvrir pour en perdre le moins possible. Même dans mes pensées criminelles, je vois tout comme une professionnelle : optimisation et efficacité. Au fond, elle ne désirait sans doute qu'une seule gorgée, une gorgée volée à la fatalité.
 
 
 
10 avril 2013 @ 13:34
On pourrait presque célébrer. Ça doit bien faire un an que je n'ai à peu près pas écrit. Je le sens bien que je n'écris pratiquement pas. Il suffit de me mettre au clavier pour que mon corps me le rappelle. J'ai du mal à tenir en place.

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Ma routine chaque semaine me demande de parler beaucoup. Je parle à la job, je parle en anglais à l'Américaine, je parle à la femme d'Outremont. Je n'arrête plus : un moulin! C'est étourdissant. Et puis, je suis même plutôt bonne là-dedans. Comme si j'avais parlé autant que ça toute ma vie. Wah!

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Je n'oppose pas réellement la parole à l'écriture. Je ne fais que des constats. Ça se passe de cette façon-là en ce moment. Comme si l'un et l'autre s'opposaient. En réalité, je ne pense pas qu'on puisse établir une relation de concurrence entre les deux.

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Je me sens à l'extérieur de tout. Une âme en fuite. 
 
 
Musique actuelle: Klaus Nomi
 
 
26 février 2013 @ 13:43
images

Hier, je regardais les nouveautés sur Tou.tv et j'ai vu que Pas de répit pour Mélanie était disponible. Je me souvenais bien que c'était un de mes films préférés lorsque j'étais enfant, mais je ne me rappelais plus du film. Je l'ai regardé la soirée même! Il me fallait aller jusqu'au bout de l'affaire. En voyant que c'était l'histoire de deux adolescentes qui décident d'apprivoiser la sorcière du village, je capotais. Wow quel beau scénario de film!

C'est drôle de penser à la petite fille de 9 ans que j'étais. J'avais vu Pas de répit pour Mélanie au cinéma peu de temps après sa sortie. Il faut croire qu'à l'époque, je trouvais que c'était une aventure exaltante pour une jeune fille de vouloir aller s'occuper d'une vieille femme délaissée par tous.  Évidemment, puisque ma mère travaille dans le milieu de la santé, on peut très bien s'imaginer que les soins à l'autre était un thème qui me touchait plus particulièrement, que je me sentais à l'aise dans un univers de soin et que tout naturellement j'étais attirée par un personnage comme Mélanie. En plus, Mélanie est une jeune adolescente grave qui se dispute avec ses camarades pour qu'ils ne se moquent plus de la sorcière. Avec Florence, elle commence par aller porter des fleurs à Mme Labée. Ensuite, elles tricotent une grande écharpe rose qu'elles vont lui donner et enfin elles mettent une belle boucle au cou de Rose, le porc de compagnie de la sorcière. Peu à peu, la vieille femme accepte de les faire entrer dans son univers.

Je me souviens de la petite fille mélancolique que je fus qui a cherché partout dans sa banlieue une vieille sorcière qui pourrait avoir besoin d'elle. Je m'étais vite rendu compte qu'il n'y avait pas de vieille sorcière dans ma banlieue mortelle. Puisque tout est pareil dans une ville de l'ennui, il n'y avait partout que des familles comme la mienne. Il y avait des familles identiques à la mienne à perte de vue, qui habitaient dans des maisons identiques à la mienne à perte de vue.


_defaut